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dimanche 22 novembre 2015

Pourquoi je voterai contre Laurent Wauquiez aux élections régionales

Le ralliement de quelques centristes à Laurent Wauquiez ne représente pas le Modem
Depuis le 11 juillet, Patrick Mignola et un groupe de responsables locaux du Modem ont imposé aux militants un accord qu'ils désapprouvent. Le seul conseil départemental qui a pu s'exprimer avant que l'accord passé avec Laurent Wauquiez soit confirmé dans la presse est celui du Rhône et de la métropole de Lyon. Le 21 juillet, il a réaffirmé à l'unanimité sa volonté de présenter une liste indépendante au premier tour des élections régionales.
Mis devant le fait accompli, les autres conseils départementaux ont été consultés un mois et demi plus tard  sans débat contradictoire, pour entériner une union déjà consommée au Mont Mezenc lors du lancement de campagne de Laurent Wauquiez. Nos instances nationales, dans la même posture, n'ont pu que constater un accord local déjà effectif.
Les responsables départementaux concernés ont abusé des mandats qui leur ont été confiés et confisqué la démocratie interne du Modem. Les médias présentent souvent la liste de Laurent Wauquiez comme LR / UDI / MODEM, mais une grande partie des militants du centre ne le reconnaissent pas comme leur candidat.

Le centre, absent de ces élections, doit se relever
J'ai espéré qu'une liste centriste porte une voix alternative, j'ai même travaillé dans ce sens avec plus d'une centaine de militants du Modem. A la veille du dépôt de liste, nous avons choisi de poursuivre notre chemin sans nous présenter à ces élections. En effet, la présence de membres de notre parti sur les listes de Laurent Wauquiez et Jean-Jacques Queyranne crée trop de confusion pour que nous soyons audibles.
Nous sommes, dans notre parti, collectivement responsables de l'absence d'une liste qui représente nos idées pro-européennes, libérales et humanistes. Le Modem s'affaiblit continuellement depuis sa création. Seule une réforme profonde de nos instances locales permettra d'inverser cette tendance, en remettant notre fonctionnement en phase avec celui de la société civile. Dans l'immédiat c'est en tant qu'observateurs avertis que nous participons aux élections régionales.

Je souhaite la défaite de Laurent Wauquiez
Depuis plusieurs années, ce député-maire s'illustre par des postures extrêmes sur divers sujets. Avec la Droite Sociale, il a fait des bénéficiaires d'aides de l'Etat sa cible prioritaire. Il qualifie l'assistanat de "cancer de la société", suggérant que les chômeurs sont responsables du chômage par un refus de travailler, provoqué par des aides trop élevées. Sa solution pour soutenir le dynamisme économique de la France est donc de plonger les plus fragiles dans la misère.
En ce qui concerne l'Europe, c'est un fédéraliste bien particulier. Il prône en effet le retour à une union limitée à 6 pays et la fin de la libre circulation (espace Schengen). Comment notre région peut-elle espérer rayonner avec un président qui rêve de repli sur soi ?
Pendant sa campagne, il s'est démarqué avec des propositions fortes sur deux thèmes qui n'ont rien à avoir avec les compétences régionales. Pour commencer, il s'est exprimé devant les militants de Sens Commun (organisation issue de La Manif pour tous) pour faire de ses convictions religieuses un argument de campagne. Dans notre démocratie, tout responsable devrait s'engager à défendre tous les citoyens, pas uniquement ceux qui partagent ses croyances. Aucun politicien ne devrait se présenter comme le champion d'une religion, la foi n'est pas une opinion politique.
Ensuite, il s'est jeté sur les journaux nationaux au lendemain des attentats de Paris pour faire valoir ses idées. Il est déjà indécent d'adopter un comportement aussi opportuniste face à un drame national, mais en plus les idées en question sont nauséabondes : enfermer sans jugements ni même délit commis 4000 personnes dans des "centres d'internement". Une décision aussi lourde ouvrirait la voie à un recul progressif de nos libertés fondamentales. Elle s'accompagnerait d'arrestations arbitraires, l'apparition d'un délit d'opinion et la persécution "préventive" d'innocents, qui alimenteraient finalement les tensions et l'insécurité dans notre pays. Accusé dans son propre parti de vouloir créer des "Guantanamo" en France, sa seule défense est que "il n'y aurait pas de torture". (voir la pétition à ce sujet en cliquant ici


En cas de victoire, il fera de notre région le laboratoire et la tribune de ses idées extrêmes, avec des vice-présidents comme Philippe Meunier et Brice Hortefeux. Je souhaite donc que de nombreux électeurs se mobilisent les 6 et 13 décembre pour obtenir la défaite de Laurent Wauquiez.

jeudi 17 septembre 2015

Nous devons accueillir et intégrer les réfugiés

Voici un communiqué de presse donc je suis co-rédacteur. Il a été diffusé lundi 14 septembre par plusieurs conseillers nationaux du Modem.

La haine et l’intolérance ont touché la France au cœur lors de l’attentat contre Charlie Hebdo, des agents de police et une supérette Hyper Cacher entre le 7 et le 9 janvier de cette année.  Alors que le même extrémisme pousse aujourd’hui des centaines de milliers de familles sur le chemin de l’exil, allons-nous leur fermer nos portes ?

Nous refusons de laisser mourir les victimes de la guerre et nous choisissons de miser sur l’avenir commun que nous pouvons construire avec elles. Nous voulons faire rayonner dans le monde la tolérance et l’humanisme européens qui ont conduit ces familles à se tourner vers nous. Pour cela il n’existe qu’un bon chemin :
Accueillir et intégrer les réfugiés de manière organisée et bienveillante.

Nous tenons pour commencer à rappeler l’article 14 de la convention de Genève de 1951: « Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en d'autres pays. ». 

Face au drame que ces familles ont vécu dans leurs foyers puis sur les chemins de l’exil, nous ne pouvons pas les maintenir des années durant dans une situation précaire et insalubre, nous ne voulons pas sacrifier l’avenir des enfants qui demandent notre secours. Nous avons trois outils à mobiliser pour répondre à ce défi : l’éducation, l’emploi et la mixité sociale. Voici comment nous souhaitons les mettre en œuvre :
1.       Rien n’est possible sans couvrir les besoins vitaux de ces populations, il faut donc commencer par construire des « villages de réfugiés » préfabriqués pour les loger dans de bonnes conditions d’hygiène et de sécurité[1].
2.       La reprise d’une scolarité par les enfants demande un temps d’adaptation. Chaque village devra disposer d’une « école » en charge d’enseigner le Français à tous ses habitants et de préparer les enfants à intégrer notre système éducatif.
3.       Les adultes arrivent avec des compétences, elles devront être évaluées et complétées pour que chacun obtienne un certificat lui permettant d’exercer son métier en France. Tous les réfugiés devront accéder au marché du travail.
4.       Le séjour de chaque famille dans ces villages devra être temporaire. Elles seront accompagnées pour trouver un logement et un emploi en France, pour que chacune subvienne à ses besoins et s’intègre à la société française. La diversité des destinations évitera la formation de ghettos communautaires.

Nous voulons mettre aussi en avant le travail réalisé par les associations. Ce qu’elles font est remarquable. Nous appelons aussi l’ensemble des Français à se mobiliser pour soutenir ces familles qui fuient notre ennemi commun : Daesh.

Nous rappelons que ramener la paix et la sécurité au moyen orient est indispensable, que l’Europe doit prendre ses responsabilités face aux guerres qui font rage à ses portes. Cela ne répondra cependant pas aux besoins immédiats de ceux qui les ont fuies. 

Oui, ces mesures nous demandent un investissement important, mais elles enrichiront notre nation économiquement, socialement et culturellement. Elles nous donneront la plus belle victoire possible contre la terreur, celle de la bienveillance, de l’espoir et de la prospérité.

Démocrates et Citoyens :
Cyrille Isaac-Sibille, Conseiller national Modem du Rhône
Béatrice Doutriaux, Conseillère nationale Modem de l’Isère
Angélique Perinet, Conseillère nationale Modem de Haute Savoie
Pierre Escaich, Conseiller national Modem de l’Allier
Thomas Delpech, Rédacteur pour Démocrates et Citoyens

Jeunes Démocrates :
Jean-Baptiste Legouy, Président des JDEM du Rhône et de la Métropole de Lyon
Emilie Prost, Secrétaire Fédérale des JDEM du Rhône et de la Métropole de Lyon
Fabien Gelato, rédacteur pour les JDEM du Rhône et de la Métropole de Lyon
Alexandre Barbier, Trésorier des JDEM de la Loire
Patrick Gabet-Rougemont, Président des JDEM de l’Ain

[1] Chaque village abriterait au maximum 300 personnes en autogestion partielle (avec des représentants qui seront le point d’entrée des associations et des institutions) ; Un village de préfabriqués (dortoirs + réfectoires) coûterait moins de 1000€ par personne hébergée

mardi 28 avril 2015

Notre démocratie peut-elle devenir coopérative ?

Ma courte expérience politique m'a ouvert les yeux sur certaines caractéristiques de notre système électoral. Avant, je pensais naïvement que les élus étaient choisis par le peuple. Maintenant je comprends qu'ils sont surtout cooptés par leurs pairs au sein des partis. Les élections sont une compétition qui se prépare à long terme et dont les étapes de sélection, des pools aux quarts de finale, se jouent loin des yeux du public. 
La conséquence la plus évidente de ce système est le rejet de la politique par les citoyens et le refus des jeunes de s'y engager. L'image du politicien qui ne pense qu'à gagner et conserver son mandat n'est pas entièrement fausse, il s'agit trop souvent d'une nécessité. Je vais commencer par explorer les causes et les conséquences du modèle compétitif. Je vous exposerai ensuite pourquoi je pense que ce modèle est obsolète. Enfin j'essaierai d'imaginer un système politique démocratique et coopératif pour notre société.

En quoi la compétition est-elle utile ?

L'hypothèse fondamentale de notre système social, qui a été vérifiée en grande partie jusqu'ici est que la liberté individuelle sert l'intérêt collectif. C'est en effet la thèse d'Adam Smith pour le système économique libéral, qui suppose que chaque producteur indépendant va naturellement servir le bien de tous. Un autre économiste, Nash, a montré que l'équilibre est plus subtil. Chaque acteur doit en effet arbitrer entre son intérêt à court terme (plutôt individuel) et à long terme (plutôt collectif) car il arrive que ceux-ci soient contradictoires. La traduction de ces idées dans notre économie est l'équilibre entre la liberté et la régulation dans le système concurrentiel. Le régulateur s'assure que le marché primera sur l'acteur par le jeu de la concurrence. Notre République applique ce principe à la politique : les hommes et femmes politiques sont en compétition pour les mandats et c'est l'électeur qui va valider lequel de leurs intérêts individuels est compatible avec le sien.

Ce fonctionnement a servi les progrès accomplis depuis le début du XIXe siècle. Il a donné à ceux qui avaient la plus forte volonté de réussir les moyens de leur action, jusqu'à leur associer par l'entreprise, les syndicats ou les partis des soutiens, des suiveurs ou des subordonnés (toujours libres et volontaires dans une certaines mesure). La diversité des idéologies et modèles économiques et sociaux a longtemps donné du fond et du sens à cette compétition. Dans son rôle d'arbitre, le citoyen a un réel pouvoir souverain. Les candidats doivent lui plaire à tout prix.

En quoi ce modèle est-il nuisible ?

Ce système a cependant des limites et des conséquences négatives. Celle qui me tient le plus à cœur est la détérioration du lien humain. La compétition permanente ne nous permet pas d'aimer notre prochain comme nous-même. Nous pouvons toujours aimer l'autre, à condition que ses intérêts rejoignent les nôtres, qu'il nous soit profitable. Or cette convergence est instable, elle ne dure pas. La question de Nash devient une obsession, dois-je soutenir ou trahir mon ami, mon parti, mes électeurs, pour atteindre mes objectifs ?

Je vois une seconde conséquence frappante, que nous essayons de compenser par la contrainte légale : le manque de femmes en politique. Je crois sans aucun machisme que notre culture et notre éducation des enfants prépare plus les hommes à la compétition et les femmes à la coopération. L'ambiance du milieu politique a de quoi rebuter les moins compétiteurs, elle prive notre pays de nombreux talents.

La première qualité de nos dirigeants est la capacité à mener une bonne campagne électorale. A quoi servent toutes les autres valeurs et compétences si vous êtes incapable de gagner un mandat ? Nous le constatons sans cesse, cette qualité ne suffit pas à bien gouverner et ne répond plus aux besoins d'un monde devenu coopératif, horizontal et connecté en réseau. Étant donné notre besoin de communication et de coopération, je parie que l'âge d'or des femmes dirigeantes arrive. 

La dernière conséquence que je veux aborder, il y en a bien sûr d'autres, est le système clanique des partis. L'humanité a vite compris que le meilleur moyen de vaincre est par le nombre. Nous coopérons au sein d'un groupe en compétition avec les autres, l'agglomération des groupes s'adapte en permanence aux forces rivales. Ainsi les formations politiques proches se rassemblent quand elles sont faibles et se déchirent au lendemain de la victoire. Pour les hommes et femmes qui les composent, la pression est permanente : soyez fidèle au groupe quoiqu'il arrive sinon vous êtes exclu et broyé. Mettons-nous à leur place au moment de lever l'immunité d'un équipier. Que choisir ? Vos valeurs, vos électeurs et la France ou votre équipe ? 

Pourquoi tourner la page sur ce système ?

A ce point de ma réflexion, j'étais désespéré. Puis j'ai entendu lors de conférences ou d'échanges avec d'autres militants que plusieurs souhaitent changer cette situation. L'obsolescence de notre modèle compétitif est de plus en plus visible. Prenons l'exemple des jeux de société. Pendant longtemps ils organisaient tous l'affrontement des joueurs, parfois en équipes. Nous en trouvons désormais qui imposent d'optimiser la coopération de tous les participants pour gagner ou perdre collectivement face à une menace. Ce n'est pas anodin car la manière dont nous jouons reflète et structure notre lecture du monde. Or les défis auxquels nous sommes confrontés tels que le chômage de masse, les risques environnementaux ou les crispations identitaires sont profondément différents de ceux du passé tels que le choix entre capitalisme et communisme, monarchie et république, égalité et équité, etc. La répartition des richesses et du pouvoir devient secondaire alors que l'humanité joue son avenir. Nous sommes face à des phénomènes qui nous touchent tous et que nous devons vaincre ensemble. Nous en avons le sentiment, voir des politiciens se battre pour des places au lieu de se battre contre nos problèmes est insupportable. 

Les technologies et l'économie nouvelles nous enseignent par la plume de Metcalf que la puissance d'un réseau est le carré du nombre de ses participants. Nos partis, nos institutions et notre société civile seront d'une puissance formidable s'ils composent un seul réseau. Tout cela est prometteur en théorie mais compliqué à appliquer au gouvernement du pays.

Comment concilier démocratie et coopération ?

La fin de la compétition serait l'arrêt de la démocratie, le système du parti unique est fréquent en dictature. Il est d'ailleurs très efficace en Chine et désastreux en Corée du Nord. Nous ne voulons certainement pas en arriver là. Nous devons au contraire inventer une nouvelle forme de gouvernance qui renforce la place du peuple. Je vois plusieurs critères à remplir pour relever ce défi : valoriser les acteurs publics selon leur impact sur la société, assurer un dialogue ouvert et permanent, maintenir (rétablir) notre capacité à décider et construire efficacement, ne pas écraser nos vies sous une usine à gaz technocratique. 

Vous avez sans doute des idées pour chacun de ces points, écrivez-les donc en commentaire pour enrichir notre réflexion. Voici les miennes :
Supprimer le "package candidat-programme". Confier un mandat politique équivaut à recruter pour un poste en entreprise, le jury est simplement plus nombreux. Ce qui doit compter est la compétence du candidat, la combinaison de son savoir, son savoir-faire et son savoir-être. Il devrait nous parler de ses expériences, les réussites comme les échecs et ce qu'il en a tiré, de ses connaissances academiques, pratiques et relationnelles, et enfin de ses valeurs, qualités et défauts. Nous pourrions proposer une simple feuille A4 sur laquelle chacun se présenterait selon nos critères. Quant au programme, nous l'établirons ensemble par pas réguliers, comme je l'expose plus bas.
Séparer dans chaque parti une branche électorale (qui existe déjà) et une branche sociétale (que nous devons bâtir). Cette dernière serait le prémisse des institutions que ce parti entend gérer ou mettre en place. Ils est inutile d'attendre un mandat pour être utile à la communauté, puisque c'est le souhait premier de tous les hommes et les femmes politiques (je le pense). Il ne s'agit pas de se substituer à l'Etat ou la société civile, mais de créer les liens, les connections et le dialogue entre eux, de faire vivre le débat et collecter le souhait de tout ou partie de la société concernant les décisions à prendre.
Élaborer un plan à long, moyen et court terme dans de grands débats nationaux et locaux, selon un fonctionnement "wiki" animés par les partis et ouverts à tous les contributeurs. Ils seraient respectivement choisis par exemple tous les 10 ans, 3 ans et 1 ans. Les élus auraient alors la charge de les appliquer au mieux et la liberté d'ajuster leur action en fonction de l'actualité du monde.

Au-delà des idées, comment agir ?

Je crois que ces trois actions sont accessibles et auraient un impact énorme sur la santé de notre démocratie. Puisque j'y crois, j'agis. En tant que président des Jeunes Démocrates du Rhône, j'ai travaillé pendant deux ans en priorité à notre formation et notre cohésion pour nous préparer à nous rendre utiles. J'ai incité nos militants à s'impliquer dans des associations et leur conseil de quartier, je le fais moi-même à Gerland. J'ai participé aux élections municipales pour soutenir l'équipe que je croyais plus efficace pour la ville, cela m'a permis de les connaître et de collaborer malgré la diversité de nos idées (que tous ont respectée). Je me lance maintenant derrière Jean Lassalle dans un projet associatif de dialogue citoyen qui pourra inspirer tous les partis pour construire leur branche sociétale, et je porte cette idée au MoDem comme dimanche 26 en préparation des élections régionales

Vous tous, dans vos engagements associatifs et professionnels, l'expression de vos souhaits et vos idées (notamment sur Internet), les valeurs de partage et de coopération que vous portez autour de vous, vous êtes aussi les acteurs du renouveau démocratique par lequel nous relèverons les défis de notre temps.


dimanche 11 janvier 2015

La France déchirée ?

Cette semaine a mis notre démocratie à rude épreuve. L'attaque de djihadistes contre Charlie Hebdo nous a rappelé qu'il est possible en France de mourir pour une idée. Alors que le recueillement et l'union nationale ont été la réaction spontanée de millions de Français, des divisions profondes sont également apparues au grand jour. Quelles seront les conséquences de cette terrible semaine ?

La police, gardienne de la liberté

Je veux commencer cet article par un hommage à la police. On les appelle gardiens de la paix ou forces de l'ordre, ils sont aussi les gardiens de notre liberté. Sans ces hommes et ces femmes, nous serions à la merci de tous ceux qui voudraient nous imposer par la force leurs idées, leur volonté. La police, c'est la force au service de la société, des valeurs de la république et de nos décisions collectives. C'est la raison pour laquelle nous, citoyens, n'avons pas besoin de porter d'arme.
Ils sont en première ligne face à la violence qui nous vise, ils ont payé un lourd tribut cette semaine. Ils ont traqué puis arrêté les terroristes. Depuis longtemps ils en empêchent bien d'autres d'agir, nous leur devons bien des vies et bien des hommages.

Une action, trois réactions

Mercredi, deux hommes armés de kalachnikovs ont imposé leur loi à un journal français. Des fanatiques ont pu condamner à mort des citoyens français depuis le Yémen, pour un blasphème. Leur but est d'imposer une loi du silence partout dans le monde, et nous devons prendre leurs menaces au sérieux. La possibilité de tuer ses contradicteurs est revenue dans notre société alors qu'elle semblait enfermée dans nos livres d'histoire.

J'ai vu trois réactions différentes, qui marquent une déchirure dans la société nationale.

La résilience

La majorité des Français a immédiatement exprimé le refus de céder aux menaces et à la peur. Les nombreux rassemblements affirment l'importance que nous accordons aux valeurs de notre société. Je retrouve dans cette attitude l'enseignement biblique de tendre l'autre joue. Il s'agit de relever immédiatement la tête quitte à l'exposer à un second coup. Il s'agit de répondre aux terroristes qu'ils peuvent nous menacer et nous frapper, mais pas nous imposer leur volonté.

La vengeance

Nous avons déjà constaté des attaques contre les Musulmans de France. La volonté de rendre coup pour coup est humaine. Ce travers est l'un des premiers que la récit de notre création évoque. Dans la Genèse un descendant de Cain, jure de se venger lui-même 77 fois malgré la promesse de Dieu de le venger 7 fois. Dans la foulée le déluge noie cette humanité.
Nous devons rejeter nos pulsions vengeresses car elles ne feront qu'alimenter une violence nuisible à tous. Combien de sang a coulé entre la France et l'Allemagne avant que le dialogue et la coopération s'imposent ? Certains croient ce chemin impossible avec le monde arabe, pourtant il y a cent ans nous mourions par millions dans les tranchées.
Je suis convaincu que les seuls qui puissent vaincre le djihadisme sont les Musulmans.

La justification

La troisième réaction est la justification. Comment lutter contre les amalgames quand de si nombreuses voix d'enfants et d'adultes justifient l'horreur ? Dans les écoles et sur les réseaux sociaux, des citoyens français et leurs enfants prennent parti pour les terroristes. 
Je trouve ces réactions encore plus violentes et inquiétantes que l'attentat lui-même. 
La volonté des groupes qui se sentent dominés à prendre le dessus sur les autres n'est pas nouvelle. C'est même le jeu politique de la droite et de la gauche, tantôt opposition révoltée puis majorité triomphante. Tout ce qui encourage des Musulmans de France à se percevoir comme un groupe dominé entretient la déchirure que nous avons cette semaine sous les yeux.

Le dialogue ou la terreur

Cependant l'idée de devenir par la violence et même la terreur un groupe dominant est moins courante et plus effrayante. Elle n'est pas propre à une religion, elle nous ramène aux pages les plus dures de notre histoire. N'oublions pas que le concept politique du terrorisme est né pendant la révolution française, au service des idées républicaines. C'est le rejet de ces pratiques qui a fondé notre modèle démocratique pluraliste.

C'est bien ce modèle qui est mis au défi. Notre société n'arrive plus à formuler un projet d'avenir et à décider de règles de vie commune qui nous unissent. La confiance entre le peuple et les institutions est rompue, que ce soit l'école, la police ou le gouvernement. 
Au-delà de la résilience, la nation française doit se réapproprier son modèle démocratique et réinventer ses institutions pour les adapter au monde d'aujourd'hui et de demain. Elle doit soutenir particulièrement ceux se trouvent en première ligne dans la lutte contre les extrémismes : l'éducation nationale, la police et l'armée. Nous avons vu que les menaces sur notre mode de vie sont sérieuses, nous devons consacrer une part conséquence de nos efforts et de nos richesses à le protéger et à le perpétuer.

L'avenir reste entre nos mains

Il nous appartient de choisir les conséquences de cette semaine. Elles seront funestes si nous laissons la peur nous diriger. Elles feront honneur à nos valeurs si nous formulons un projet de société qui inspire à nos concitoyens et au monde une nouvelle ère de dialogue.

mardi 2 décembre 2014

Réinventer la politique ?

J'assistais ce soir à une conférence organisée par Acteurs de l'économie avec l'IEP de Lyon.
Le sujet n'est pas simple : réinventer la politique. Jean-Paul Delevoye, Pascal Perrineau et Denis Muzet ont partagé avec nous leurs réflexions.
Cette conférence prend place dans le cycle Tout un programme, qui a abordé de nombreux thèmes avec un constat récurrent : l'impuissance du "politique". Celui-ci est perçu comme un obstacle, le manque de confiance a laissé place au rejet. 
Une vision sombre du monde nous est livrée en introduction. Une lumière d'espoir luit dans une description flateuse des citoyens et l'orateur nous rappelle que les élus intègres existent. Malheureusement les partis politiques sont devenus des appareils d'élus, mais ils doivent tout de même remettre en question les institutions et leurs modes de fonctionnements internes.
Tandis que la démocratie a besoin d'être complétée par la responsabilité citoyenne des personnes physiques et morales, comment sortir celles-ci de leur silence ?

Nous assistons à un big bang de la démocratie représentative.

Perrineau commence par préciser que les partis sont l'institution la plus touchée par la défiance. 
La France est un pays marqué par la faiblesse de ses corps intermédiaires. Seuls 7% des salariés français adhère à un syndicat, et 2% des citoyens à un parti politique. Cette défiance se transforme en rejet, le mot le plus associé par les Français à la politique est "dégoût". 
Il y a deux débouchés à cette haine. Le premier évoqué consiste à se détourner de la politique pour agir par d'autres canaux. Si le peuple ne se fie pas à ses représentants nationaux, la confiance de proximité, en soi-même et les petites structures, est forte. Il y a une coupure entre les citoyens et les professionnels de la démocratie. Le politique tourne sur lui-même comme une toupie folle, les partis s'occupent avant tout à distribuer les investitures.
L'autre débouché est la politisation du rejet, que certains partis manient habilement. Il faut y être très vigilant car derrière se cache un rejet profond de la démocratie participative. Certains commencent à envisager que celle-ci traverse un hiver en Europe.

Le politique doit s'adapter à une société nouvelle.

Delevoye pose d'entrée deux principes, l'un pessimiste et l'autre optimiste. Changer l'institution ne permettra pas de régler les problèmes de notre société, mais nous sommes peut-être dans une rupture salutaire. 
Selon le président du conseil économique social et environnemental, nous ne sommes pas en crise mais en métamorphose. 
La nature profonde du système français est selon lui verticale : un roi, une religion pour un peuple. Cependant dans la société contemporaine le rôle du décideur n'est plus d'être au-dessus du peuple mais d'être en son cœur.
En effet la mondialisation abolit la notion de frontières et de territoires, le politique ne peut plus dominer. La circulation des capitaux et des idées n'ont plus de limites. Les menaces ne sont plus à nos frontières mais au plus près de nous par les technologies. Les bases de données ont remplacé la bombe atomique dans la course à la superpuissance. La valorisation boursière des 4 principales entreprises des NTIC dépasse celle du CAC40.
Dans cette situation d'affaiblissement du pouvoir, on ne peut pas gérer le peuple par des émotions mais par des convictions. Le politique est stupide de croire encore à son pouvoir, car il ne représente ni ceux qui créent la richesse et ni ceux qui y échouent et se trouvent exclus. 
On a quitté le choc des idéologies pour les calculs de conquête du pouvoir. L'offre politique n'est plus au service d'une espérance, tandis qu'on peut se demander si la socialisation par la famille et le travail sont encore possibles. La société actuelle est alors fondée sur le mépris et la valorisation de l'échec. Nous devons au contraire valoriser les talents, promouvoir l'égalité des parcours, des opportunités. 
Delevoye l'affirme, la situation de rejet du politique rend toutes les aventures possibles, les mauvaises en particulier. Il oppose le politique et l'entreprise par leurs buts, la tranquillité contre la performance. Tandis que l'économie apprend, s'adapte, prend des risques et grandit, le milieu politique cherche à se protéger par le conservatisme et le malthusianisme. 
Il faut absolument changer ce fonctionnement, voir les talents comme des opportunités plutôt que comme des rivaux. Le vrai débat est donc l'efficience du monde politique.

Les médias nous donnent de la médiatisation quand notre société a besoin de médiation 

Muzet identifie 4 piliers de la démocratie qui subissent le même rejet : politique, médias, syndicats, finance.
Il affirme que Nicolas Sarkozy a compris que "dire c'est faire", au point que la communication se substitue à l'action. 
Les Français passent plus de la moitié de leur temps d'éveil avec les médias. Les mythes médiatiques ont remplacé les idéologies. Les médias racontent des histoires pour leurs audiences au lieu de montrer la réalité, leur prisme est déformant. L'arrivée au pouvoir du Front National est par exemple une de ces histoires, anticipée et mise en scène. La vie réelle est plus heureuse que ce qui en est montré. La souffrance des Français serait provoquée par les représentations médiatiques, qui alimentent la haine du politique.
Le format actuel de l'information est bref et continu, les gens n'ont jamais été aussi informés et n'ont jamais compris aussi mal leur monde. Ils retiennent que la catastrophe menace et qu'ils n'en sont pas protégés.
Puisque les politiques calent leur discours sur le contenu et le format des médias, aucun acteur ne peut plus s'exprimer au-dessus de ce bruit de fond.
Le politique est en partie discrédité car il est inaudible. Enfermé dans l'instantané, il ne peut que décevoir. La société s'en trouve dans un état de fébrilité constante, même les contre-pouvoirs sont usés, les ONG sont ainsi en recul dans les indices de confiance. 
Pourtant 65% des Français pensent que le déclin n'est pas irréversible. Ils sont à la recherche de nouveaux médiateurs. En particulier, ils attendent des acteurs qui réfléchissent à long terme, ils chérissent d'ailleurs les associations de défense des consommateurs. Ils veulent du bottom-up, de la création de richesse, ils aiment l'entreprise, surtout si elle est petite. Les acteurs les mieux vus sont les individus auto-réalisés. Les Français disent qu'ils veulent se servir eux-mêmes pour se réaliser, plutôt que servir un système dans lequel ils ne se réalisent pas.

En pratique, que faire ?

Si ces apports académiques alimentent notre pensée, ils doivent aussi nourrir notre action. Je crois que les partis peuvent devenir les médiateurs que les Français attendent à quelques conditions, non exhaustives :
  • Identifier, mettre en réseau et valoriser les talents de la société civile 
  • Développer des activités citoyennes distinctes de leurs objectifs électoraux 
  • Formuler leur idéal cible, dessiner la société vers laquelle ils veulent tendre à long terme 
  • Bâtir une organisation interne plus semblable à une flotte de petits navires qu'à un gros cargo 
  • Rétablir la confiance entre eux et entre leurs propres militants, par l'adoption de règles éthiques 


dimanche 30 novembre 2014

La politique ? Je n'ai pas le temps

Depuis cet été, je n'ai publié aucun article sur mon blog. Il serait facile de dire que je n'avais pas le temps, il est plus honnête de dire que je ne l'ai pas pris. Je m'interroge : comment rester disponible pour l'engagement social et politique ?

Avoir le temps

Entre le travail, les transports, la famille et les amis, nous sommes nombreux à vivre avec la sensation de courir en permanence. Une chanson de Sinsemilia dit "ici c'est comme dans une course, à la fois sprint et marathon". Je ne sais pas si cette situation est le propre de notre époque, je retiendrai simplement qu'elle est une composante de notre mode de vie.
Comment alors avoir du temps pour s'engager encore dans des activités annexes ? 
Une métaphore bien connue compare notre agenda à un saladier rempli de pierres : entre les grosses pierres vous pouvez mettre des cailloux, puis du sable, puis de l'eau avant d'avoir rempli le saladier. Il y a deux leçons à en retenir. Nous devons déjà faire entrer les choses les plus importantes pour qu'elles aient leur place, en deux mots prioriser et anticiper. Nous devons ensuite exploiter chaque recoin de notre journée pour le rendre profitable, comme lire dans le métro au lieu d'aller travailler en voiture.
Je n'ai pourtant pas réservé de temps pour écrire, ni utilisé les opportunités de le faire ces dernières semaines.

Prendre le temps

En réalité, nous avons plus de temps que nous le croyons parfois, à condition de le prendre. Les paroles de Tryo répondent bien à celles de Sinsemilia : "plus on en fait, plus on en fait [...] moins on en fait, moins on en fait". 
Lorsque vous sentez le besoin, l'envie ou le devoir de faire quelque chose, il ne faut pas pratiquer l'autocensure. Lancez-vous et naturellement vous trouverez un nouvel équilibre avec cette nouvelle activité. J'ai créé ce blog en ignorant si je pourrais réellement le faire vivre. C'est continuellement que je dois trouver comment le concilier à mes autres engagements. 
Le temps que vous prenez était forcément consacré à d'autres activités. Dans l'idéal il s'agissait de jouer sur votre smartphone, regarder la télévision ou des lolcats sur internet. Lorsqu'on fait le compte des heures consacrées à se divertir on a parfois le vertige. J'ai perdu des années avant de m'en rendre compte, il m'arrive encore de perdre des heures bêtement.
L'engagement social, associatif et politique peut prendre tant de formes qu'il y en a forcément une qui nous correspond, et beaucoup qui peuvent nous attirer. Qu'est ce qui vous tient à cœur au point que l'agréable passe après le bon dans vos choix ? Lorsque vous trouvez la réponse à cette question, il devient plus simple d'avoir le temps. 

Gérer son temps

Pourtant, il ne suffit pas de trouver cette réponse une fois. Gérer son temps revient à se demander encore et encore comment en faire le meilleur usage. En effet la vie politique est pleine de possibilités et de contraintes. Ces dernières semaines je me suis engagé au conseil de quartier Gerland et dans les élections internes du Mouvement Démocrate, tout en restant impliqué pour les Jeunes Démocrates, des activités associatives et des projets personnels. 
La routine politique, entre réunions, conversations entre militants, lecture et écriture de documents internes peut vite prendre le pas sur ce qui est prioritaire. 
Agir au service de la société est pour moi le plus important, j'en trouve l'opportunité au conseil du quartier. Lire sur les sujets politiques et économiques, écrire pour faire avancer les idées auxquelles je tiens sont également des actes centraux dans mon engagement. Si je ne le fais pas pendant plusieurs mois, j'en conclus que je me trompe de priorités, je dois donc mieux gérer mon temps.

Ne pas oublier son objectif

Je souhaite que participer à la vie politique devienne une norme plutôt qu'une exception. Il faut pour cela que chacun se rende disponible, mais également que l'activité politique devienne une activité plus saine, qui soit à la fois bonne et agréable. Pour que notre démocratie résiste aux défis sociaux et économiques qui la minent actuellement, pour que notre République ne cède pas aux tentations de la révolte et du repli, elle doit retrouver le cœur de chaque citoyen. Puisque la démocratie c'est nous, essayons de faire le premier pas en lui accordant un peu de notre temps.

mardi 1 juillet 2014

Transition énergétique : pour quoi faire ?

Vous avez sans doute entendu parler de la loi sur la transition énergétique. En pleine période de crise, l'écologie a tendance à passer à l'arrière plan. Ce sujet parait gadget alors que le chômage et l'extrême droite croissent, que l'ancien Président est en garde à vue et que le parlement se déchire autour de la réforme territoriale. 
Pourtant la transformation qui touche le secteur énergétique pourrait changer en profondeur notre modèle économique et social. Voici quelques raisons de vous intéresser à ce débat.

1. Mettre fin au déficit commercial français

Contrairement à l'idée répandue, la France n'est pas un pays commercialement dépassé. La différence entre nos importations et nos exportations (61,2 milliards d'euros en 2013) est essentiellement constituée de factures d'énergie (plus de 60 milliards d'euros). Qu'il s'agisse de pétrole, de gaz ou d'uranium, nous dépendons d'autres pays pour faire fonctionner l'ensemble de nos appareils. 
Nous avons deux moyens de régler cette situation. La première est la sobriété énergétique, c'est-à-dire consommer moins des ressources dont nous manquons. La seconde est la production locale d'énergie. Nous avons des ressources disponibles, par exemple l'éolien ou le gaz de schiste... J'y reviendrai plus bas.
Plus vite nous saurons produire et économiser notre énergie, plus vite nous cesserons de nous appauvrir.

2. Sortir par le haut du réchauffement climatique

Notre société ne dilapide pas que son argent pour soutenir son niveau de vie, notre capital environnemental y passe aussi. L'épuisement des ressources naturelles et l'émission de gaz à effet de serre (et de beaucoup d'autres choses qu'on préférerait ne pas respirer) font partie du prix à payer pour notre confort. 
Nous sommes devant un choix. Certains suggèrent de renoncer à ce confort, ils prônent la décroissance. Nous pouvons également mettre en oeuvre les moyens nécessaires pour éliminer l'impact environnemental de nos activités. Cette voie implique une course aux innovations et des investissements lourds, et encore faut-il choisir les bons.

3. Garder une économie compétitive

Le prix de l'électricité est jusque maintenant plus bas en France que dans tous les autres pays, et c'est une bonne chose pour notre économie. Une activité qui a besoin de beaucoup d'énergie (par exemple un datacenter peut consommer autant que 20 000 personnes) a intérêt à s'installer dans un pays où l'énergie est abordable. On peut voir aussi des usines s'installer dans les pays où elles pourront polluer sans subir les lourdes contraintes réglementaires de l'Europe. 
Lorsque nous prenons des initiatives pour l'environnement qui pénalisent les consommateurs, nous prenons le risque de perdre des industries. Cela empire même la pollution planétaire par le transport généré et l'absence de règles du nouveau lieu de production. 
Il faut donc pour le bien de notre économie et de notre planète que nous entretenions des conditions d'activité favorables pour nos entreprises. La transition doit être rentable, c'est un défi de plus à relever.

4. Soutenir nos emplois et notre prospérité

La transition énergétique passe par des règles de construction plus élaborées (voir la RT2012) et une production locale d'énergie. Cela implique la mobilisation de systèmes innovants, de matériaux de construction et de ressources humaines manuelles et intellectuelles. Les premiers pays à développer ces choses pourront les exporter ou éviter de les importer. Le chemin que nous empruntons s'imposera tôt ou tard au reste du monde. Être un suiveur pourrait nous coûter cher, et nos voisins européens ont pris de l'avance. 
La France a l'opportunité de développer les industries qui pourraient devenir les Airbus de demain.
Source : www.developpement-durable.gouv.fr

5. Miser sur le long terme

Je vous ai promis d'y revenir, parlons un peu du gaz de schiste. Le débat actuel tourne autour du poids relatif de la pollution que son extraction générerait comparé à notre besoin de ressources énergétiques locales. Prenons de la hauteur sur les enjeux. A court terme, cette ressource permet aux Etats-Unis de doper leur économie et de proposer des produits au prix imbattables (en particulier dans la chimie). Pendant qu'elles se reposent sur cet avantage, leurs entreprises investissent moins dans la différentiation qualitative. 
Renoncer à cette ressource présente plusieurs avantages. Evidemment, le CO2 contenu dans ce gaz est toujours mieux sous terre que dans notre atmosphère. En creusant un peu plus, je vois que manquer de ressources faciles d'accès nous impose d'en trouver d'autres, plus pérennes et meilleures. 
Je peux illustrer ma perception de la situation par la condition humaine. Dans la nature nous sommes moins bien équipés que les autres espèces : ni griffes, ni crocs, ni force. Pour compenser, il nous a fallu les outils, le feu, l'esprit.

Si nous devons investir massivement dans les solutions qui résoudront les problèmes économiques et environnementaux que je vous ai présentés, nous avons intérêt à choisir celles qui seront toujours valables dans un siècle ou deux. Les énergies renouvelables, le biogaz, les biocarburants, la sobriété et la maîtrise énergétiques méritent que nous leur affections les ressources que nous pourrions consacrer à un gain de court terme.

Le débat sur la transition énergétique comporte bien des aspects que je n'ai pas abordés : l'énergie de nos véhicules, de nos villes, le rythme du changement, les risques (notamment liés au nucléaire), les meilleurs moyens d'entraîner toute la société sur le chemin choisi.
Je travaille dans le gaz et je ne veux pas prendre ici une posture partiale. Je vous invite à découvrir par vous même les propositions de structures comme l'ADEME, Negawatt et même mon employeur. J'espère simplement que cet article vous aura renseigné sur les enjeux de ce débat et donné envie d'y prendre part.