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jeudi 22 novembre 2018

Faut-il attendre de l'Etat la réponse de fond à la colère des gilets jaunes ?

Pour quelques gouttes de carburant, nos ronds-points s’embrasent. Comparée aux enjeux de notre temps comme le réchauffement climatique ou la montée des haines, la cause des gilets jaunes paraît bien dérisoire. Pourtant je ne peux pas l'ignorer, car elle cache un motif bien plus profond. Deux questions tournent dans ma tête ces derniers jours et me poussent à reprendre la plume :
  • Qu'est-ce qui provoque une telle colère chez un grand nombre de Français habituellement discrets ?
  • Comment pouvons-nous résoudre durablement ses causes profondes ?
Je ne prétends pas connaître la réponse à ces questions, je vous partage ici les réponses qui me viennent. 

Un mode de vie menacé

Je soutiens le gouvernement pour l'alignement des taxes entre essence et diesel (qui me touche également puisque mon métier me met souvent sur la route) et la proposition de primes à la conversion conséquentes (dont je ne pourrais pas bénéficier personnellement), il serait hypocrite de vous laisser penser le contraire. Je suis convaincu que nous avons besoin d'adopter rapidement des véhicules moins polluants et de réduire notre consommation de produits pétroliers. Je crois qu'aucune personne sensée ne contredira ce besoin. Alors pourquoi se battre pour un diesel moins cher ?
Le carburant est une ressource indispensable au mode de vie de nombreux Français. Ils ne peuvent pas ou ne veulent pas vivre près de leur emploi, travailler près de leur domicile. Leur voiture absorbe leurs revenus autant qu'elle les permet. Elle est à la fois un outil de liberté et de servitude. La remplacer impose des sacrifices, s'en passer est exclu.
Alors lorsque l'Etat qui nous a prescrit pendant des décennies le diesel comme un carburant vertueux change subitement d'avis, de nombreux citoyens se sentent trahis et menacés. Peu importent les dispositifs qui accompagneront la transition, la société écologique semble avoir été imaginée par les urbains pour les urbains. La défense du climat et de la qualité de l'air devient une mise en accusation des Français qui ont choisi ou subi un mode de vie indissociable de la voiture.
Je comprends le mouvement des gilets jaunes comme le cri de citoyens qui veulent que la France de demain se construise avec eux plutôt que contre eux. 

Un système absurde

Le comble, c'est que notre logique économique a construit ce mode vie aujourd'hui menacé. L'emploi et le commerce sont concentrés dans des grands ensembles (quartiers d'affaires, zones industrielles, zones commerciales) souvent éloignés les uns des autres. Le logement se renchérit à mesure que les infrastructures (routes, gares ou transports en commun) le rapproche de ces lieux de vie. Le coût de l'immobilier et l'allongement des trajets augmentent notre PIB à mesure qu'ils dégradent notre qualité de vie.
Les zones rurales, qui sont notre patrimoine territorial et alimentaire, se vident à la suite des loisirs, des commerces, des médecins et des services publics partis chercher des populations denses.
Nous devons sortir de la dynamique de concentration des activités et des personnes qui impose des déplacements toujours plus longs. 

Un territoire à soigner

Je crois que la vrai réponse à la colère des gilets jaunes est un aménagement du territoire qui respecte la qualité de vie et l'environnement dans les espaces ruraux et périurbains. Nous devons diminuer notre dépendance au carburant en multipliant les lieux de travail, de consommation, de loisirs et de services au plus près chacun. Nous devons mesurer et réduire les trajets qui s'imposent au quotidien dans leur durée, leur coût et leur impact environnemental. Ce n'est pas seulement la responsabilité de l'Etat, mais celle de nos régions, nos intercommunalités et nos communes.
Alors que l'industrie a compris depuis longtemps que la flexibilité est meilleure que la taille, les services publics restent dans une logique de concentration et d'économies d'échelle. La voiture a façonné un territoire centralisé, nous pouvons façonner avec les technologies de l'information une France de la proximité. 

L'exemple lyonnais

C'est la transformation que je constate depuis plusieurs années dans la Métropole de Lyon. Gérard Collomb a amorcé ce changement par une action simultanée sur l'habitat, les transports et les lieux d'activité.
Après une phase de rattrapage pendant lesquels métro et tramway ont désenclavé des quartiers comme le mien (Gerland), l'extension des transports en commun accompagne et oriente la densification de l'espace urbain. Ils connectent en particulier nos pôles de santé, répartis dans la métropole et proposent des parkings relais à leurs extrémités(vite saturés tant le besoin est grand).
Plusieurs quartiers centraux se transforment pour accueillir une population croissante, par exemple Gerland voit sa population augmenter de 1000 habitants par an. Malgré la pression immobilière, les familles peuvent toujours se loger dans Lyon avec des solutions adaptées à chaque situation.
L'action la plus marquante concerne les espaces d'activités. Des centres de loisirs et de commerces conçus pour les piétons ont vu le jour à Vaise (nord), Vaulx-en-Velin (est) et Confluence (sud-ouest). Les quartiers d'affaires se multiplient autour de ces secteurs. Les parcs et les espaces verts jalonnent la ville, de nombreuses communes de la métropole soignent leur propre centre-ville pour que partout vivent les commerces de proximité.

C'est un travail long et peu visible à court terme, à chaque opération les commentateurs guettent l'échec. Pourtant je suis convaincu que la transformation du territoire doit continuer dans ce sens, pour ramener emploi et services plus près de ceux qui affrontent chaque jour les bouchons aux portes de la ville.
Les régions, responsables du développement économique, de l'aménagement du territoire et des transports, doivent prendre leur part de ce travail. Sans cela, la qualité de vie hors des métropoles continuera de dépendre des cours du pétrole.

lundi 21 décembre 2015

Manager la génération connectée

Depuis quelques temps, j'ai envie de faire évoluer ce blog. En effet je constate que le support écrit est dépassé par la vidéo. Le sujet de cet article était une bonne occasion, puisque l'idée m'est venue en observant les moins de 20 ans. 
Ce que j'approfondis ici est un texte passé plutôt inaperçu que j'ai intitulé "Vers la société assumée" : http://t-delpech.blogspot.fr/2015/04/vers-la-societe-assumee.html





dimanche 20 décembre 2015

Vers la société assumée

Je suis reconnaissant à mon collègue Bruno d’avoir trouvé le titre de cet article. Après un après-midi de réunion, nous avons discuté autour du dîner de notre relation à la technologie. Nos données personnelles sont devenues une monnaie avec laquelle nous payons nos applications, celui qui l’assume le vit bien. Je me demande alors ce qui se passera lorsque cette circulation des informations paraîtra normale au plus grand nombre.

Cette réflexion est née dans mon esprit à partir de petites choses. L’une des premières est mon téléphone qui un jour m’a expliqué qu’il fallait 20 minutes pour aller de mon domicile à mon travail. La surprise est que je n’ai jamais saisi aucune de ces adresses, l’appareil avait simplement interprété le temps qu’il passait à chacune. Je ne vais pas m’ajouter à la longue liste des pessimistes qui nous expliquent que la dictature numérique est à nos portes, ils sont assez nombreux. Je voudrais imaginer avec vous une société dans laquelle nous assumerons et exploiterons ces possibilités technologiques.

Le droit à l’oubli

Certains intellectuels et professionnels d’internet suggèrent un droit à l’oubli d’un genre nouveau. Des entreprises proposent d’effacer les traces de votre passé sur la toile et l’idée de changer de nom à notre majorité émerge. Je crois qu’un mouvement contraire va faire son chemin.

La volonté d’effacer notre passé est provoquée par le regard que nous mêmes et les autres posons sur nos imperfections. S’il devient impossible de cacher ce qui nous fait honte ou si tout le monde se trouve à égalité devant un internet où tout se sait, ce regard devra évoluer. Adapter notre attitude au contexte est pertinent, mais prétendre que nous sommes sérieux ou bons tout au long de notre vie est hypocrite. La réponse sociale à cette situation nouvelle se trouve dans la phrase « Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre ». Le groupe devra sanctionner les critiques et l’intolérance pour les censurer, le juge deviendra coupable. Le nombre fera la norme, il sera plus facile d’admettre ses erreurs de jeunesse, ses moments de détente et de fête, la différence entre son image publique et son comportement privé. 

La société assumée sera donc très tolérante. Je ne pense pas qu’elle soit permissive pour autant. Nous intériorisons la morale au point qu’un simple miroir peut dissuader des enfants de mal se comporter, confrontés à leur propre image. Un monde sans secret nous incitera à être ce que nous voulons paraître, il nous enseignera également à accepter l’autre tel qu’il est. Peu à peu un équilibre se reconstruira entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Ceux qui acceptent facilement les applications intrusives des technologies de l’information considèrent généralement qu’ils n’ont rien à cacher. Je crois que la société assumée sera plus transparente, mais aussi plus fidèle aux valeurs qu’elle affichera. 

Les implications d’une telle évolution sur nos comportements et relations sociales sont difficiles à mesurer. Un entretien d’embauche est déjà précédé d’une recherche Google, demain il l’abordera ouvertement comme le CV ou la lettre de motivation. Plutôt que disparaître, la notion de vie privée prendra une place plus importante : il sera impossible d’en faire abstraction. Pourquoi d’ailleurs distinguer les vies privée, professionnelle, publique alors que nous n’en avons qu’une ? 

La connexion permanente

Dès lors que nous accepterons le prix à payer pour bénéficier des possibilités offertes par la technologie, elle deviendra une extension de nous-mêmes. Dans une certaine mesure nos téléphones le sont. L’accès immédiat à l’information et la connaissance se substitue à notre mémoire, tout comme notre agenda souvent synchronisé avec celui de notre conjoint. L’écriture rivalise désormais avec la parole comme moyen de communication. Elle était jusque récemment un choix par défaut, or nous décidons régulièrement d’envoyer un mail ou un sms alors que nous pouvons appeler ou voir physiquement notre interlocuteur.

Certaines entreprises veulent maintenant collecter des données à l’intérieur de notre organisme pour améliorer les soins médicaux. Même cette barrière tombera. Je me sens parfois frustré de ne pas pouvoir écrire ou accéder à l’information pendant que je marche ou que mes mains sont prises, je voudrais communiquer sans autre interface que la pensée. La technologie rendra bientôt cette forme de télépathie possible. Cela soulève des questions de taille : quel impact sur le cerveau ? quelle protection contre les contenus néfastes ? pourra-t-on pirater un cerveau ? Les doutes suffisent à me convaincre que nous devrions attendre, peut-être renoncer à ces possibilités. Mais ce n’est qu’une affaire de temps avant que l’humanité fasse ce dont elle est capable. Je vais donc supposer que nous trouverons des moyens de répondre aux questions que j’ai soulevées. 

J’ai appris que les moins de 20 ans n’apprécient pas les communications différées ou impersonnelles. Pourtant lorsqu’on s’adresse à eux ils regardent l’écran de leur téléphone. Cette attitude semble paradoxale mais j’y vois une cohérence. La connexion permanente induit une disponibilité difficile à gérer. Il faut apprendre à porter une attention simultanée à plusieurs canaux ou interlocuteurs. Sociologues et neurologues pourraient dire si les générations successives progressent réellement dans ce domaine. Notre habitude d’écrire des messages à de longues listes de destinataires mérite par exemple qu’on la réinterroge. Faire circuler l’information est le propre d’une société connectée, donc les canaux les plus performants supplanteront les autres.

L’e-mail véhicule parfois des informations utiles à long terme qui auraient plus leur place dans le stock (internet, les réseaux sociaux, tout ce qui être facilement requêté et partagé). Pour prévenir qu’une connaissance nouvelle est disponible, il y a les notifications. Le reste du temps il sert de support à un dialogue, dans ces cas nous sommes pris par le devoir de répondre rapidement. Nous adresser un e-mail lorsque nous sommes occupés revient au même que venir nous parler, cela nous interrompt. Nous pouvons bien sûr différer notre réponse et traiter les 100 messages de la semaine (de la journée parfois) en 2 ou 3 heures. Privilégier un dialogue instantané et personnel, écrit ou oral, serait moins chronophage. Pour cela nous prendrons l’habitude d’afficher en tous temps notre disponibilité.

Le contexte de connexion permanente n’est pas supportable, nous avons besoin d’aménager des espace de temps pour nos activités délibérées, pour ne pas subir un flux d’informations et de sollicitations incontrôlés. Assumer ce sera aussi se déconnecter, surtout quand la technologie nous (re)liera en permanence.

Une nouvelle vie active

Imaginons maintenant l’impact de ces évolutions sur notre vie professionnelle. Le monde de l’entreprise est une formidable illustration de la capacité humaine à combiner ses efforts pour réaliser de grandes choses. Relevez la tête, combien d’objets autour de vous ont sollicité le travail de moins de 10 ou 20 personnes ? La manière dont ces personnes coordonneront leur action changera profondément dans les décennies à venir. 

Premièrement nous avons vu que la frontière entre le privé et le professionnel va s’atténuer ou disparaître. Les différents temps de notre vie quotidienne formeront un tout, qu’il soit confus ou cohérent. Nous communiquons déjà avec nos proches sans distinction de notre occupation du moment. Nous cherchons aussi un travail qui nous plaise, qui soit motivant et enrichissant. Pourquoi alors délimiter fixement le temps privé et le temps professionnel ? Il ne sera pas évident pour les employeurs de renoncer à mesurer l’implication et la contribution d’un salarié par son temps de présence. 

Deuxièmement notre communication changera radicalement. Pour l’encadrement, renoncer à son contrôle est une première révolution. J’entendais encore récemment parler du ¼ d’heure d’avance donné aux managers. La gouvernance transparente n’est pas naturelle dans notre culture de relations conflictuelles, laisser ses subordonnés avoir le même niveau d’information que soi est une prise de risque. C’est le rôle même des lignes managériales qui change. Nous prenons conscience qu’avec les mêmes informations, nos équipes sont capables d’arriver aux mêmes conclusions que l’encadrement sur les décisions à prendre. Le dirigeant doit mobiliser les énergies, coordonner l’effort de tous, organiser les meilleures conditions de travail collectif. L’analogie célèbre du chef d’orchestre est plus vraie que jamais.

Énumérer les changements potentiels serait long. L’écriture de cet article s’étale sur plusieurs semaines, cela m’aide à l’enrichir et mûrir ma réflexion. Jeudi dernier, une relation professionnelle m’a fait remarquer une possibilité du partage de données qui m’échappait. Si le pôle emploi mettait à disposition de tous les données professionnelles des chercheurs d’emploi, leur mise en relation avec des employeurs potentiels ferait un bond en avant soutenu par de nombreux développeurs d’applications indépendants. Voici encore une illustration de l’importance des connexions aux autres pour faire croître les idées et du nombre de possibilités ouvertes devant nous. Pour cela beaucoup considèrent que l'âge d'or des créatifs commence à peine.

Alors par où commencer ? Je vois quatre pistes à explorer en priorité :

- Définir une politique d’ouverture des données et de la communication, mettre en place les outils mais aussi les rites et rythmes de partage transverse des informations
- Intégrer les développeurs informatiques aux fonctions support de toutes moyennes entreprises et directions opérationnelles de grands groupes et les associer à tous nos projets et nos démarches de résolution de problèmes
- Dessiner un nouveau modèle d’organisation d’équipes au sein desquelles chacun pourra choisir périodiquement son activité sous forme de tâches à accomplir, de manière à modifier l'équilibre entre productivité (à court terme) et créativité (c'est-à-dire productivité à long terme)
- S’inspirer des organisations associatives et des start-ups pour faire évoluer les pratiques managériales vers le modèle collaboratif (auquel je consacrerai mon prochain article, cette fois-ci pour interroger notre modèle démocratique).

En conclusion, notre société va être transformée radicalement par les progrès technologiques. Nous vivons une période comme il y en a eu peu dans l’histoire. Ces changements sont une chance, ils peuvent nous sortir de la stagnation que nous subissons depuis 40 ans. Au lieu de leur résister, il faudra les accompagner, c’est-à-dire les assumer.

mardi 28 avril 2015

Notre démocratie peut-elle devenir coopérative ?

Ma courte expérience politique m'a ouvert les yeux sur certaines caractéristiques de notre système électoral. Avant, je pensais naïvement que les élus étaient choisis par le peuple. Maintenant je comprends qu'ils sont surtout cooptés par leurs pairs au sein des partis. Les élections sont une compétition qui se prépare à long terme et dont les étapes de sélection, des pools aux quarts de finale, se jouent loin des yeux du public. 
La conséquence la plus évidente de ce système est le rejet de la politique par les citoyens et le refus des jeunes de s'y engager. L'image du politicien qui ne pense qu'à gagner et conserver son mandat n'est pas entièrement fausse, il s'agit trop souvent d'une nécessité. Je vais commencer par explorer les causes et les conséquences du modèle compétitif. Je vous exposerai ensuite pourquoi je pense que ce modèle est obsolète. Enfin j'essaierai d'imaginer un système politique démocratique et coopératif pour notre société.

En quoi la compétition est-elle utile ?

L'hypothèse fondamentale de notre système social, qui a été vérifiée en grande partie jusqu'ici est que la liberté individuelle sert l'intérêt collectif. C'est en effet la thèse d'Adam Smith pour le système économique libéral, qui suppose que chaque producteur indépendant va naturellement servir le bien de tous. Un autre économiste, Nash, a montré que l'équilibre est plus subtil. Chaque acteur doit en effet arbitrer entre son intérêt à court terme (plutôt individuel) et à long terme (plutôt collectif) car il arrive que ceux-ci soient contradictoires. La traduction de ces idées dans notre économie est l'équilibre entre la liberté et la régulation dans le système concurrentiel. Le régulateur s'assure que le marché primera sur l'acteur par le jeu de la concurrence. Notre République applique ce principe à la politique : les hommes et femmes politiques sont en compétition pour les mandats et c'est l'électeur qui va valider lequel de leurs intérêts individuels est compatible avec le sien.

Ce fonctionnement a servi les progrès accomplis depuis le début du XIXe siècle. Il a donné à ceux qui avaient la plus forte volonté de réussir les moyens de leur action, jusqu'à leur associer par l'entreprise, les syndicats ou les partis des soutiens, des suiveurs ou des subordonnés (toujours libres et volontaires dans une certaines mesure). La diversité des idéologies et modèles économiques et sociaux a longtemps donné du fond et du sens à cette compétition. Dans son rôle d'arbitre, le citoyen a un réel pouvoir souverain. Les candidats doivent lui plaire à tout prix.

En quoi ce modèle est-il nuisible ?

Ce système a cependant des limites et des conséquences négatives. Celle qui me tient le plus à cœur est la détérioration du lien humain. La compétition permanente ne nous permet pas d'aimer notre prochain comme nous-même. Nous pouvons toujours aimer l'autre, à condition que ses intérêts rejoignent les nôtres, qu'il nous soit profitable. Or cette convergence est instable, elle ne dure pas. La question de Nash devient une obsession, dois-je soutenir ou trahir mon ami, mon parti, mes électeurs, pour atteindre mes objectifs ?

Je vois une seconde conséquence frappante, que nous essayons de compenser par la contrainte légale : le manque de femmes en politique. Je crois sans aucun machisme que notre culture et notre éducation des enfants prépare plus les hommes à la compétition et les femmes à la coopération. L'ambiance du milieu politique a de quoi rebuter les moins compétiteurs, elle prive notre pays de nombreux talents.

La première qualité de nos dirigeants est la capacité à mener une bonne campagne électorale. A quoi servent toutes les autres valeurs et compétences si vous êtes incapable de gagner un mandat ? Nous le constatons sans cesse, cette qualité ne suffit pas à bien gouverner et ne répond plus aux besoins d'un monde devenu coopératif, horizontal et connecté en réseau. Étant donné notre besoin de communication et de coopération, je parie que l'âge d'or des femmes dirigeantes arrive. 

La dernière conséquence que je veux aborder, il y en a bien sûr d'autres, est le système clanique des partis. L'humanité a vite compris que le meilleur moyen de vaincre est par le nombre. Nous coopérons au sein d'un groupe en compétition avec les autres, l'agglomération des groupes s'adapte en permanence aux forces rivales. Ainsi les formations politiques proches se rassemblent quand elles sont faibles et se déchirent au lendemain de la victoire. Pour les hommes et femmes qui les composent, la pression est permanente : soyez fidèle au groupe quoiqu'il arrive sinon vous êtes exclu et broyé. Mettons-nous à leur place au moment de lever l'immunité d'un équipier. Que choisir ? Vos valeurs, vos électeurs et la France ou votre équipe ? 

Pourquoi tourner la page sur ce système ?

A ce point de ma réflexion, j'étais désespéré. Puis j'ai entendu lors de conférences ou d'échanges avec d'autres militants que plusieurs souhaitent changer cette situation. L'obsolescence de notre modèle compétitif est de plus en plus visible. Prenons l'exemple des jeux de société. Pendant longtemps ils organisaient tous l'affrontement des joueurs, parfois en équipes. Nous en trouvons désormais qui imposent d'optimiser la coopération de tous les participants pour gagner ou perdre collectivement face à une menace. Ce n'est pas anodin car la manière dont nous jouons reflète et structure notre lecture du monde. Or les défis auxquels nous sommes confrontés tels que le chômage de masse, les risques environnementaux ou les crispations identitaires sont profondément différents de ceux du passé tels que le choix entre capitalisme et communisme, monarchie et république, égalité et équité, etc. La répartition des richesses et du pouvoir devient secondaire alors que l'humanité joue son avenir. Nous sommes face à des phénomènes qui nous touchent tous et que nous devons vaincre ensemble. Nous en avons le sentiment, voir des politiciens se battre pour des places au lieu de se battre contre nos problèmes est insupportable. 

Les technologies et l'économie nouvelles nous enseignent par la plume de Metcalf que la puissance d'un réseau est le carré du nombre de ses participants. Nos partis, nos institutions et notre société civile seront d'une puissance formidable s'ils composent un seul réseau. Tout cela est prometteur en théorie mais compliqué à appliquer au gouvernement du pays.

Comment concilier démocratie et coopération ?

La fin de la compétition serait l'arrêt de la démocratie, le système du parti unique est fréquent en dictature. Il est d'ailleurs très efficace en Chine et désastreux en Corée du Nord. Nous ne voulons certainement pas en arriver là. Nous devons au contraire inventer une nouvelle forme de gouvernance qui renforce la place du peuple. Je vois plusieurs critères à remplir pour relever ce défi : valoriser les acteurs publics selon leur impact sur la société, assurer un dialogue ouvert et permanent, maintenir (rétablir) notre capacité à décider et construire efficacement, ne pas écraser nos vies sous une usine à gaz technocratique. 

Vous avez sans doute des idées pour chacun de ces points, écrivez-les donc en commentaire pour enrichir notre réflexion. Voici les miennes :
Supprimer le "package candidat-programme". Confier un mandat politique équivaut à recruter pour un poste en entreprise, le jury est simplement plus nombreux. Ce qui doit compter est la compétence du candidat, la combinaison de son savoir, son savoir-faire et son savoir-être. Il devrait nous parler de ses expériences, les réussites comme les échecs et ce qu'il en a tiré, de ses connaissances academiques, pratiques et relationnelles, et enfin de ses valeurs, qualités et défauts. Nous pourrions proposer une simple feuille A4 sur laquelle chacun se présenterait selon nos critères. Quant au programme, nous l'établirons ensemble par pas réguliers, comme je l'expose plus bas.
Séparer dans chaque parti une branche électorale (qui existe déjà) et une branche sociétale (que nous devons bâtir). Cette dernière serait le prémisse des institutions que ce parti entend gérer ou mettre en place. Ils est inutile d'attendre un mandat pour être utile à la communauté, puisque c'est le souhait premier de tous les hommes et les femmes politiques (je le pense). Il ne s'agit pas de se substituer à l'Etat ou la société civile, mais de créer les liens, les connections et le dialogue entre eux, de faire vivre le débat et collecter le souhait de tout ou partie de la société concernant les décisions à prendre.
Élaborer un plan à long, moyen et court terme dans de grands débats nationaux et locaux, selon un fonctionnement "wiki" animés par les partis et ouverts à tous les contributeurs. Ils seraient respectivement choisis par exemple tous les 10 ans, 3 ans et 1 ans. Les élus auraient alors la charge de les appliquer au mieux et la liberté d'ajuster leur action en fonction de l'actualité du monde.

Au-delà des idées, comment agir ?

Je crois que ces trois actions sont accessibles et auraient un impact énorme sur la santé de notre démocratie. Puisque j'y crois, j'agis. En tant que président des Jeunes Démocrates du Rhône, j'ai travaillé pendant deux ans en priorité à notre formation et notre cohésion pour nous préparer à nous rendre utiles. J'ai incité nos militants à s'impliquer dans des associations et leur conseil de quartier, je le fais moi-même à Gerland. J'ai participé aux élections municipales pour soutenir l'équipe que je croyais plus efficace pour la ville, cela m'a permis de les connaître et de collaborer malgré la diversité de nos idées (que tous ont respectée). Je me lance maintenant derrière Jean Lassalle dans un projet associatif de dialogue citoyen qui pourra inspirer tous les partis pour construire leur branche sociétale, et je porte cette idée au MoDem comme dimanche 26 en préparation des élections régionales

Vous tous, dans vos engagements associatifs et professionnels, l'expression de vos souhaits et vos idées (notamment sur Internet), les valeurs de partage et de coopération que vous portez autour de vous, vous êtes aussi les acteurs du renouveau démocratique par lequel nous relèverons les défis de notre temps.


mardi 2 décembre 2014

Réinventer la politique ?

J'assistais ce soir à une conférence organisée par Acteurs de l'économie avec l'IEP de Lyon.
Le sujet n'est pas simple : réinventer la politique. Jean-Paul Delevoye, Pascal Perrineau et Denis Muzet ont partagé avec nous leurs réflexions.
Cette conférence prend place dans le cycle Tout un programme, qui a abordé de nombreux thèmes avec un constat récurrent : l'impuissance du "politique". Celui-ci est perçu comme un obstacle, le manque de confiance a laissé place au rejet. 
Une vision sombre du monde nous est livrée en introduction. Une lumière d'espoir luit dans une description flateuse des citoyens et l'orateur nous rappelle que les élus intègres existent. Malheureusement les partis politiques sont devenus des appareils d'élus, mais ils doivent tout de même remettre en question les institutions et leurs modes de fonctionnements internes.
Tandis que la démocratie a besoin d'être complétée par la responsabilité citoyenne des personnes physiques et morales, comment sortir celles-ci de leur silence ?

Nous assistons à un big bang de la démocratie représentative.

Perrineau commence par préciser que les partis sont l'institution la plus touchée par la défiance. 
La France est un pays marqué par la faiblesse de ses corps intermédiaires. Seuls 7% des salariés français adhère à un syndicat, et 2% des citoyens à un parti politique. Cette défiance se transforme en rejet, le mot le plus associé par les Français à la politique est "dégoût". 
Il y a deux débouchés à cette haine. Le premier évoqué consiste à se détourner de la politique pour agir par d'autres canaux. Si le peuple ne se fie pas à ses représentants nationaux, la confiance de proximité, en soi-même et les petites structures, est forte. Il y a une coupure entre les citoyens et les professionnels de la démocratie. Le politique tourne sur lui-même comme une toupie folle, les partis s'occupent avant tout à distribuer les investitures.
L'autre débouché est la politisation du rejet, que certains partis manient habilement. Il faut y être très vigilant car derrière se cache un rejet profond de la démocratie participative. Certains commencent à envisager que celle-ci traverse un hiver en Europe.

Le politique doit s'adapter à une société nouvelle.

Delevoye pose d'entrée deux principes, l'un pessimiste et l'autre optimiste. Changer l'institution ne permettra pas de régler les problèmes de notre société, mais nous sommes peut-être dans une rupture salutaire. 
Selon le président du conseil économique social et environnemental, nous ne sommes pas en crise mais en métamorphose. 
La nature profonde du système français est selon lui verticale : un roi, une religion pour un peuple. Cependant dans la société contemporaine le rôle du décideur n'est plus d'être au-dessus du peuple mais d'être en son cœur.
En effet la mondialisation abolit la notion de frontières et de territoires, le politique ne peut plus dominer. La circulation des capitaux et des idées n'ont plus de limites. Les menaces ne sont plus à nos frontières mais au plus près de nous par les technologies. Les bases de données ont remplacé la bombe atomique dans la course à la superpuissance. La valorisation boursière des 4 principales entreprises des NTIC dépasse celle du CAC40.
Dans cette situation d'affaiblissement du pouvoir, on ne peut pas gérer le peuple par des émotions mais par des convictions. Le politique est stupide de croire encore à son pouvoir, car il ne représente ni ceux qui créent la richesse et ni ceux qui y échouent et se trouvent exclus. 
On a quitté le choc des idéologies pour les calculs de conquête du pouvoir. L'offre politique n'est plus au service d'une espérance, tandis qu'on peut se demander si la socialisation par la famille et le travail sont encore possibles. La société actuelle est alors fondée sur le mépris et la valorisation de l'échec. Nous devons au contraire valoriser les talents, promouvoir l'égalité des parcours, des opportunités. 
Delevoye l'affirme, la situation de rejet du politique rend toutes les aventures possibles, les mauvaises en particulier. Il oppose le politique et l'entreprise par leurs buts, la tranquillité contre la performance. Tandis que l'économie apprend, s'adapte, prend des risques et grandit, le milieu politique cherche à se protéger par le conservatisme et le malthusianisme. 
Il faut absolument changer ce fonctionnement, voir les talents comme des opportunités plutôt que comme des rivaux. Le vrai débat est donc l'efficience du monde politique.

Les médias nous donnent de la médiatisation quand notre société a besoin de médiation 

Muzet identifie 4 piliers de la démocratie qui subissent le même rejet : politique, médias, syndicats, finance.
Il affirme que Nicolas Sarkozy a compris que "dire c'est faire", au point que la communication se substitue à l'action. 
Les Français passent plus de la moitié de leur temps d'éveil avec les médias. Les mythes médiatiques ont remplacé les idéologies. Les médias racontent des histoires pour leurs audiences au lieu de montrer la réalité, leur prisme est déformant. L'arrivée au pouvoir du Front National est par exemple une de ces histoires, anticipée et mise en scène. La vie réelle est plus heureuse que ce qui en est montré. La souffrance des Français serait provoquée par les représentations médiatiques, qui alimentent la haine du politique.
Le format actuel de l'information est bref et continu, les gens n'ont jamais été aussi informés et n'ont jamais compris aussi mal leur monde. Ils retiennent que la catastrophe menace et qu'ils n'en sont pas protégés.
Puisque les politiques calent leur discours sur le contenu et le format des médias, aucun acteur ne peut plus s'exprimer au-dessus de ce bruit de fond.
Le politique est en partie discrédité car il est inaudible. Enfermé dans l'instantané, il ne peut que décevoir. La société s'en trouve dans un état de fébrilité constante, même les contre-pouvoirs sont usés, les ONG sont ainsi en recul dans les indices de confiance. 
Pourtant 65% des Français pensent que le déclin n'est pas irréversible. Ils sont à la recherche de nouveaux médiateurs. En particulier, ils attendent des acteurs qui réfléchissent à long terme, ils chérissent d'ailleurs les associations de défense des consommateurs. Ils veulent du bottom-up, de la création de richesse, ils aiment l'entreprise, surtout si elle est petite. Les acteurs les mieux vus sont les individus auto-réalisés. Les Français disent qu'ils veulent se servir eux-mêmes pour se réaliser, plutôt que servir un système dans lequel ils ne se réalisent pas.

En pratique, que faire ?

Si ces apports académiques alimentent notre pensée, ils doivent aussi nourrir notre action. Je crois que les partis peuvent devenir les médiateurs que les Français attendent à quelques conditions, non exhaustives :
  • Identifier, mettre en réseau et valoriser les talents de la société civile 
  • Développer des activités citoyennes distinctes de leurs objectifs électoraux 
  • Formuler leur idéal cible, dessiner la société vers laquelle ils veulent tendre à long terme 
  • Bâtir une organisation interne plus semblable à une flotte de petits navires qu'à un gros cargo 
  • Rétablir la confiance entre eux et entre leurs propres militants, par l'adoption de règles éthiques 


mercredi 5 février 2014

Retour sur le premier Atelier de l'Espoir

Hier, nous avons tenu la première réunion des Ateliers de l'Espoir. Nous étions 5 pour parler de l'éducation. A partir de nos témoignages personnels, nous avons tenté de comprendre la situation dans les Zones d'Education Prioritaires. 

Ce qui nous a frappé, c'est que notre constat n'a rien de nouveau. Pourtant il semble complètement ignoré des élus en place pendant les 20 dernières années. Quel que soit notre âge, sur une période de 10 ans, nous avons vécu des expériences similaires. Au coeur de nos parcours, on retrouve le manque de compréhension, d'écoute, d'accompagnement et de confiance envers les élèves.
J'ai été surpris par l'importance du collège dans le parcours scolaire, alors que je n'y pensais pas en arrivant à cet atelier. J'ai personnellement appris des choses, et nous avons fait émerger des idées originales. Elles ne sont encore qu'au stade de l'ébauche, mais notre rencontre du 25 février permettra de les approfondir et peut-être de les expérimenter localement.

Ce premier Atelier de l'Espoir a été pour moi un véritable encouragement. C'est entre citoyens, au plus près du terrain que nous pouvons reprendre l'initiative sur l'évolution de notre société. L'Elysée et Matignon n'ont pas réussi à donner de nouvelles perspectives aux jeunes des ZEP, alors nous essaierons de le faire depuis le cœur de Vénissieux. 
Ce n'était qu'un début, nous avons des années devant nous. La tâche que nous devons accomplir est immense, car nous partons de très bas avec l'objectif d'aller très haut. Mais nous avons la conviction pour moteur et l'espoir pour carburant, et nous ne manquons ni de l'un ni de l'autre.

mardi 3 décembre 2013

La démocratie participative : une utopie, une mode ou une pratique durable ?

Jeudi 21 novembre, j'ai eu l'opportunité de participer à un atelier sur les déchets organisé par l'association Anciela. Les participants étaient soit des personnes impliquées dans la vie associative, soit des citoyens qui voulaient agir à leur niveau. Par petits groupes, nous étions invités à réfléchir au problème et à ses causes. Ensuite chacun devait penser à une idée puis la partager pour la faire avancer collectivement.

Avec les Jeunes Démocrates du Rhône, nous cherchons à lancer une démarche similaire, en élargissant les thématiques à tout ce qui touche les Français. Je reviendrai sur ce sujet dès que nous serons prêts. Lors de cette expérience écologique, j'ai constaté que les idées qui émergent sont parfois innovantes et prometteuses. Le dialogue permet de les enrichir ou de les transformer.
Quand il s'agit de passer à l'action, c'est moins simple. L'assemblée ne donne pas vraiment suite aux idées considérées trop ambitieuses. Pour les autres, des volontaires se regroupent et proposent d'agir ensemble autour de l'idée qui leur a plu.

Une idée citoyenne

Avant de vous livrer mon analyse sur la démocratie participative que représentent de tels ateliers, je vais illustrer la démarche par l'idée qui m'est venue. Evidemment, elle s'est nourrie de pratiques existantes et de tendances de fond.
Je suis parti d'un constat : nous sommes globalement satisfaits de la société de consommation facile et pour la plupart nous ne voulons pas y renoncer (c'est pas très écologiquement correct de dire ça, je sais). Notre société ne peut pas fonctionner avec une production exactement égale à notre consommation, il est donc inévitable que nous produisions des déchets. La nature elle-même produit en abondance, comme l'illustre le fruit qui pourrit sans devenir un nouvel arbre ni être mangé. Chaque "déchet" de la nature est une ressource. Pour vivre dans l'abondance et sans polluer, nous devons réussir le même miracle.
Jusqu'ici rien de neuf, ça s'appelle l'économie circulaire.
Pour les déchets alimentaires, il y a le composte et encore mieux, la méthanisation. J'ai plein de choses à dire là dessus, cela fera l'objet d'un autre article. Je suis resté sur le non-alimentaire.
Comment faire de nos déchets des ressources ? Cet objectif dépasse le recyclage : lorsque vous produisez une trottinette avec 150 canettes en aluminium, vous avez toujours besoin de canettes pour lesquelles vous prélevez encore des ressources naturelles. Le cycle du verre s'approche de notre idéal, mais le processus pollue.
J'ai donc suivi une piste différente : la ré-utilisation. Dans notre tri sélectif, nous pourrions séparer les déchets destinés à la réutilisation. L'exemple type de cette pratique, ce sont les bouteilles consignées qui sont collectées dans d'autres pays Européens. Imiter ce que nos voisins font bien serait déjà une piste de progrès.
En creusant, je me suis dit qu'on pourrait aller plus loin : développer avec les grandes marques des emballages universels re-conditionnables et personnalisables (pour réconcilier le marketing et la planète). Le premier pas peut être fait par les collectivités locales en changeant la manière de collecter le verre pour récupérer les contenants sans les casser. Pour la suite, les associations de consommateurs, les inventeurs de labels, les précurseurs écologistes peuvent être les moteurs du changement. Un ingrédient est indispensable pour que cette idée fasse son chemin : la volonté politique.

L'indispensable pouvoir

Cela nous ramène à mon analyse sur la démocratie participative. Si les actions entreprises se limitent à produire des idées, ce n'est rien de plus qu'un débat. Si elles engendrent des actions individuelles ou collectives locales et limitées, il s'agit du fonctionnement associatif habituel de la société civile ou des entreprises. Ce sont là des composantes essentielles de notre société, qu'on ne me fasse pas dire le contraire. J'aime le débat et je m'implique dans la vie associative.
Toujours est-il que la démocratie participative implique obligatoirement un aspect politique. Dans le cas contraire l'usage d'un mot qui signifie "pouvoir du peuple" n'a aucun sens. Jusqu'ici, je cherche à affirmer que le "peuple" peut "participer" aux choix de société, proposer des idées de qualité, les confronter à la réalité. Je veux maintenant évoquer le pouvoir qui décide et qui met en application.
Je ne crois pas que le citoyen doive décider de tout en permanence. Moi même, je crois avoir une certaine fibre politique, et je sais qu'être consulté toutes les semaines pour voter au sujet de toutes les affaires publiques m'agacerait vite. La république est un bon système, nous donnons mandat à des professionnels (dans le sens qu'ils doivent / devraient s'occuper à plein temps de leur charge) pour prendre les décisions d'intérêt public et les faire appliquer.
Il faut donc concilier la participation citoyenne au pouvoir républicain. En d'autre termes, la démocratie participative ne peut exister qu'à travers des élus qui décident de jouer le jeu. L'envie de faire de la politique autrement ne va jamais loin si elle n'est pas partagée par ceux qui ont déjà le pouvoir.

Bref...

Utopie, mode ou pratique durable ? Toute innovation sociétale commence en étant une utopie. Il est probable que certaines personnalités se soient servies de ce concept et l'ait traité comme une mode pour gagner des voix et obtenir du pouvoir. Ils se sont ensuite vite coupé des citoyens et n'ont rien changé à la démocratie française. Mais je suis convaincu que la démocratie participative deviendra une pratique durable. Elle est même indispensable dans une France qui sent qu'elle ne peut que subir les changements qui lui semblent toujours défavorables.

Il y a aujourd'hui des élus, comme le député Jean Lassalle dont la marche se termine le 14 décembre, qui veulent faire émerger cette utopie. En tant qu'élus locaux, les centristes devront suivre son exemple. Concrètement, il s'agira d'organiser des réunions de réflexion ouvertes à tous selon le modèle que j'ai donné ici en exemple. Au sein du MODEM, je m'engage à travailler pour que la démocratie participative fonde notre action politique et notre légitimité républicaine à long terme.
Et vous, avez-vous décidé de quelle manière vous participerez à la démocratie ?


lundi 8 juillet 2013

Mon coup de coeur pour le Pape

Il y a quelques jours, j'écrivais pour partager un coup de gueule.
Ce soir le Pape François m'a réchauffé le cœur. A Lampedusa, il nous a appelés à ne pas fermer les yeux sur la souffrance des plus fragiles, qui viennent mourir aux portes de l'Europe.
Ce discours me touche au moment même où beaucoup affirment que nous n'avons pas les moyens d'être généreux, que les pauvres devraient rester loin de nous. Comment l'Europe sortira-t-elle de son marasme avec un comportement mesquin ? La petitesse et le repli peuvent-ils nous ramener la grandeur ?
J'entends bien que charité bien ordonnée commence par soi-même. Mais je ne peux pas accepter cette logique, j'y réponds que prospérité bien ordonnée commence par les pauvres.
J'ai entendu ce matin que la Chine achète une large part de son lait pour enfants en France. Nos exigences de qualité, de protection des plus fragiles l'ont convaincue que nous sommes dignes de confiance. Il faut beaucoup d'audace pour être juste dans des circonstances difficiles, risquer ce qu'on a pour aider celui qui n'a pas. Le mirage des profits, de la compétition sans règles, de la victoire acquise en écrasant les autres est partout. On nous a éduqués comme ça : "soit meilleur que les autres ou tu seras chômeur, pauvre et inutile". Mais regardons où cela nous a mené. Dans quelle société nos parents vit-on maintenant ? Je ne doute pas que nos dirigeants aient fait de leur mieux, mais je constate leur échec.
Il est temps de faire autre chose, ne plus protéger le travailleur contre le chômeur, le citoyen contre l'immigré, la personne âgée contre le jeune. Cela suppose que nous prenions tous des risques : flexibiliser le marché du travail, taxer l'enrichissement plutôt que l'emploi, accueillir les immigrés, éduquer correctement les défavorisés, inventer un modèle social meilleur, protecteur de tous et créateur de prospérité. Le seul moyen de changer le cours de notre histoire, c'est de le faire ensemble plutôt que les uns contre les autres.
Aujourd'hui le Pape nous a montré une direction, le difficile chemin de la justice. Dans les choix de société qui se présenterons à nous dans les années à venir, saurons-nous lui montrer que nous l'avons entendu ?

lundi 24 juin 2013

Quelle réforme fiscale ?

http://www.lemonde.fr/tiny/3435012/

Bruno Le Roux veut une grande réforme fiscale. Jusque là on est d'accord, mais laquelle ?

La mesure phare préconisée par le président du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale, c'est la fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG avec un prélèvement à la source. La mise en oeuvre sera sans doute compliquée et douloureuse, mais on se demande où est passée la grandeur.
Prenons de la hauteur : la taxation de l'emploi (charges patronales et salariales) correspond à une logique du XIXe siècle. Le travail était considéré comme une mauvaise chose, qui prive de liberté et détruit la santé. Malheureusement faire partie de la population active est devenu un privilège, qui vous amène un logement, du lien social et une certaine liberté liée au pouvoir d'achat (choisir ce qu'on consomme, se déplacer, etc.). Pire, ce qui apporte aujourd'hui des externalités négatives à la France, c'est le chômage. La liste est longue : marasme économique, désespérance des jeunes, délinquance, désocialisation, etc.
Alors disons-le : taxer l'emploi est une pratique archaïque et contre-productive. Le salarié doit recevoir sur son compte en banque le montant exact que son entreprise le paie.
Il nous faudra toujours financer le système social, je ne crois pas que l'argent pousse sur les arbres. Pour la contribution "patronale", prenons une assiette qui ne pénalise pas l'emploi comme l'excédent brut d'exploitation. Ainsi l'entreprise qui crée de la richesse avec peu de salariés contribuera autant à financer le chômage et les retraites que celle qui emploie beaucoup. Bien sûr il faudra des mécanismes pour éviter l'évasion fiscale, c'est un faux problème : quand on veut on peut. Pour la contribution des ménages, l'impôt sur le revenu est une bonne formule. Sa progressivité garantit une certaine justice sociale ; il s'appuie sur le capital comme sur le travail ; le voir disparaître de notre compte en banque a une vertu pédagogique. En effet, qui peut dire combien de charges salariales il a payé l'année dernière ? Le prélèvement à la source nous déresponsabilise, nous fait oublier que l'argent avec lequel l'Etat fonctionne, c'est le nôtre.
Alors je dis oui à une réforme fiscale, mais fixons-lui les bons objectifs : simplifier le système, favoriser l'emploi et responsabiliser le contribuable.

dimanche 23 juin 2013

Après les délocalisations, la dématérialisation ?


Les fermetures successives de points de vente de produits culturels seraient-elles les prémices d'un séisme de grande ampleur ?

Nous avons déjà vécu un long processus de désertification industrielle, et nous réagissons enfin avec la volonté de produire en France. Nous savons que retrouver les activités et les emplois perdus au cours des dernières décennies sera une tâche de longue haleine. Nous devons pour y parvenir repenser en profondeur le rôle de l'Etat, le fonctionnement de nos administrations et de notre économie, nous devons bâtir une stratégie et une dynamique avec les entrepreneurs, les consommateurs et nos partenaires européens. Le MODEM prône depuis longtemps cette politique d'efforts et de volontarisme, et les années d'inactions nous coûtent très cher en emplois et en dette.

Aujourd'hui un autre danger se profile, il est nécessaire de réagir avant qu'il n'ait privé la France de toute chance de redressement. Les signes avant coureurs sont là : Virgin Megastore dépose le bilan, plusieurs librairies ferment, les autres tirent la sonnette d'alarme. Fidèles à une tradition politique française, certains ministres désignent un coupable à nos malheurs et font de la société Amazon un bouc émissaire.
Le danger auquel nous devons faire face n'est pas un site internet mais un phénomène : la dématérialisation. La production est partie dans d'autres pays, et la vente part dans un monde virtuel. Le drame, c'est que notre économie a tenté de remplir le vide laissé par les délocalisations avec des activités commerciales. La multiplication des centres commerciaux à Lyon en témoigne.  Croire que ce phénomène se limitera aux produits culturels est illusoire. Les vêtements, les chaussures s'achètent couramment sur internet, alors que la nécessité d'essayer avant d'acheter nous paraissait jusqu'ici évidente.

Fidèle à une autre tradition politique française, beaucoup diront que nous ne pouvons rien y faire. Parce que le MODEM croit en la France, nous proposons de faire face au danger et d'en faire une opportunité. Commençons par admettre l'évidence, une transition économique est aussi urgente que la transition énergétique. Celle-ci ne se limitera pas à suivre le mouvement et ouvrir des sites internet pour répondre à ceux qui siphonnent le chiffre d'affaires de nos boutiques. Nous devons faire preuve de créativité et dessiner la relation commerciale de l'avenir. Nous pouvons devenir les précurseurs de l'économie dématérialisée, et en faire une économie ré-humanisée. Les communautés d'utilisateurs, l'aménagement de showrooms, les démarches de co-construction ainsi que toutes les pratiques innovantes de l'économie tertiaire doivent être explorées dans le monde réel.
N'attendons pas que le changement vienne d'une main invisible ou de l'Etat centralisé. Nous proposons de créer à Lyon, dès 2014, un forum pour la transition économique qui réunira commerçants, chercheurs et consultants. Cette structure aura pour mission d'expérimenter de nouvelles formes d'activités commerciales et d'en partager les enseignements sur le territoire de la métropole.