Libellés

lundi 17 avril 2017

3 raisons de soutenir Macron

Plusieurs personnes de mon entourage m'ont demandé un moment pour expliquer mon soutien à Emmanuel Macron. Je n'ai pas toujours eu le temps de le faire. J'écris donc cet article pour présenter mon analyse de sa candidature. 
Je veux commencer par préciser qu'il n'y a pas en politique d'homme, de femme ou de parti providentiel qui va tout changer d'un claquement de doigts. Ceux qui affirment le contraire sont des charlatans. Nous traversons une période particulièrement difficile et compliquée entre les menaces terroristes, écologiques et économiques. Plusieurs proposent d'y répondre par le repli ou la violence (sociale, économique, militaire). Je crois que la seule bonne réponse est de mobiliser notre pays dans un projet d'avenir, porteur de perspectives pour chacun. 
Je soutiens donc Emmanuel Macron pour trois grandes raisons que je vais vous détailler : 
  1. Pour unir ceux qui veulent faire réussir la France 
  2. Pour lutter contre le chômage et la pauvreté 
  3. Pour une société apaisée 

Unir ceux qui veulent faire réussir la France 

La vie politique française se résume souvent à l'opposition entre un gouvernement qui tente d'améliorer les choses et les autres qui tentent de le faire échouer. Le dernier quinquennat a vu cette opposition s'étendre à l'intérieur même du parti au pouvoir. Pendant qu'une caste joue sur scène, la société civile vit sa vie et s'organise à l'écart du politique. Les citoyens comme les entreprises subissent les décisions de l'Etat, en essayant parfois de les influencer selon leurs intérêts propres. Or il est impossible de gouverner un pays comme la France si la parole présidentielle ne trouve aucun écho dans les forces vives de la nation. Il n'y a pas l'Etat d'un côté et la société de l'autre : il y a une France qui doit prendre son avenir en mains. 
Emmanuel Macron a compris cette nécessité. Le 6 avril 2016, lors de la création de son mouvement En Marche, il a commencé par s'adresser à la société civile. Beaucoup ont "signé" pour le soutenir (nous sommes maintenant plus de 200 000). Je salue cet effort de mobilisation, non pas d'un électorat, mais d'une capacité d'action. Dès le 7 avril, plusieurs de mes contacts professionnels m'en ont parlé. Ils m'ont dit que quelque chose se passe, qu'ils se sentent appelés à s'investir pour le pays. Le 8 avril j'ai moi-même annoncé mon soutien à cette démarche. Il n'était alors pas question de campagne présidentielle, même si tous la voyaient se dessiner. La priorité était cette tentative de rassembler les bonnes volontés au-delà des milieux politiques. Emmanuel Macron n'est pas allé démarcher des parlementaires, il s'est entouré de citoyens. 
A cette époque nous soutenions le ministre de l'économie d'un gouvernement rejeté, alors qu'Alain Juppé était donné vainqueur de la présidentielle. Ce qui n'était encore qu'une bulle, une petite organisation avec un grand écho, est devenu quelque chose de plus. En Marche a envoyé ses soutiens à la rencontre des Français. Un grand porte-à-porte devait réunir 10 000 témoignages sur lesquels fonder un projet pour la France. Cet objectif a été atteint. Le mouvement n'était plus une bulle, mais le germe d'un renouvellement politique majeur. 
A partir de ces témoignages, Emmanuel Macron et son équipe ont formulé un projet, raconté dans le livre "Révolution". Plutôt que demander aux électeurs de lui confier le pouvoir, il a proposé aux citoyens une vision de l'avenir. Plutôt que mettre en avant sa personne, il a dessiné un but à poursuivre ensemble. J'ai apprécié cette approche, confirmée sur TF1 lorsqu'il a quitté le gouvernement mardi 30 août 2016. 
A partir de ce socle, Emmanuel Macron s'est entouré de personnalités reconnues de droite, de gauche, du centre ou non-partisanes. J'ai retenu Jean Pisani-Ferry, ancien directeur de France Stratégie, et Jean-Paul Delevoye, ancien président du Conseil Economique, Social et Environnemental. Avant leur ralliement, j'appréciais déjà la justesse de leur analyse à propos de la société française. Savoir qu'ils ont œuvré à la rédaction du programme est pour moi un gage de crédibilité et de sérieux du mouvement. Les soutiens politiques ont ensuite afflué, celui de François Bayrou a bien sûr été remarquable. En arriver à compter s'ils sont plus nombreux issus de la droite ou de la gauche confirme qu'un mur est tombé.

Autour Emmanuel Macron, je vois des femmes et des hommes de grande qualité s'unir à travers toute la société française, pour faire réussir la France. Ce qui les séparait hier existe toujours, mais ce qui les rassemble est devenu plus fort. J'en rêvais depuis des années, c'est l'objet de mon engagement politique. Il a fallu un an, le talent d'un homme et des circonstances inattendues pour que cela devienne possible. 

Lutter contre le chômage et la pauvreté 

J'aurais sans doute dû commencer par ce point tant il est crucial. Mais je suis convaincu qu'il faut être avant de faire. 
Il y a en France 3,5 millions de chômeurs de catégorie A. 5,5 millions si nous étendons ce chiffre aux catégories B et C. Ce serait sans doute beaucoup plus si l'on comptait ceux qui ont renoncé au travail après de longues et infructueuses recherches. Ce décompte couvre une réalité difficile qui épargne peu de nous : la crainte du déclassement, la difficulté pour les jeunes diplômés à trouver un emploi, le désœuvrement qui touche des générations et des quartiers entiers, la fragilité de ceux qui ont tout juste de quoi vivre. 
Tandis que la droite culpabilise la misère, la gauche l'instrumentalise. D'une part on accuse les plus faibles d'être responsables de nos déficits, de nos dettes, on les traite d'assistés et on promet de couper dans leur protection. L'amalgame entre le pauvre, le délinquant et l'immigré est alors vite fait. De l'autre part, on fait des promesses intenables, basées sur des solutions imaginaires et destructrices. On prétend qu'il y a un coupable, un crime organisé des puissants pour plonger les Français dans la misère. Qui est le puissant ? Où est la limite entre les bons et les méchants ? Toujours un peu au-dessus de la situation de chaque électeur. 
Je rejette ces simplifications, le chômage de masse est un gigantesque échec collectif, nous en sommes tous responsables. Il y a en France 5,5 millions de personnes à qui l'ont dit "restez chez vous, nous n'avons pas besoin de vous". C'est une folie humaine, économique et sociale. La grandeur de l'être humain et de toujours trouver comment faire de bonnes choses avec sa tête et ses mains. La richesse (vilain mot pour certains), ce sont nos logements, notre nourriture, nos livres, nos films, nos parcs. Je ne peux pas admettre que des millions de personnes n'aient rien de bon à apporter au monde. Vouloir diviser le travail pour faire exactement pareil avec 5,5 millions de travailleurs de plus, c'est répartir la misère, rien de plus. 
L'approche d'Emmanuel Macron, c'est de mettre en œuvre le maximum pour libérer la capacité de créer des Français. Une série de mesures combinées permettront de faire entrer notre modèle sociale dans l'ère entrepreneuriale. 
  • Financer le chômage et les retraites à partir de tous les revenus (y compris ceux du capital) avec la CSG plutôt qu'à partir du seul emploi salarié. Dans le système actuel, on taxe ce qui nous manque pour financer ce qui déborde. Cette mesure permet notamment d'améliorer le pouvoir d'achat au SMIC sans alourdir la note pour l'employeur. 
  • Renforcer la protection des personnes avec un droit aux allocations chômage pour les démissionnaires et les entrepreneurs. 
  • Réorienter les budgets de formation professionnelle vers ceux qui en ont le plus besoin, en particulier les chômeurs. 
  • Développer la formation en alternance en associant les branches professionnelle pour mieux préparer leurs salariés de demain. 
  • Permettre une plus grande flexibilité dans l'organisation des entreprises, sous condition d'un accord entre partenaires sociaux. Sur ce point je veux souligner l'importance de garder les 35h comme référence légale. Si aucun accord n'est passé dans une entreprise, c'est cette norme qui s'appliquera. Cela évite que les employeurs passent en force. Avec un accord, salariés et employeurs peuvent décider ensemble de la meilleure manière de faire grandir leur entreprise, car c'est d'elle que découle le revenu des uns et des autres. 

Je vois bien d'autres points dans le programme d'En Marche qui nous emmènent dans le bon sens sur l'éducation, l'environnement, la lutte contre l'évasion fiscale. Ils s'inscrivent tous dans une stratégie globale de transformation de notre système économique et social. Il s'agit de donner à chacun les outils pour réussir dans une société qui a profondément changé depuis les 30 glorieuses (années 50, 60, 70). 

Apaiser la société 

J'entends des gens accuser Emmanuel Macron d'être un banquier. Comme si c'était une insulte, comme si cette profession était l'unique responsable de tous nos problèmes. Il y aurait des femmes et des hommes qui ont moins de valeur que les autres en raison de leur parcours professionnel. C'est un reflet de l'état moral déplorable de la France. 

Alors que j'entends de toutes parts la recherche active de coupables, Emmanuel Macron cherche des solutions. On accuse ici "la finance", là les assistés, ailleurs les étrangers et souvent l'Europe de tous nos problèmes. On accuse les religions d'une violence pourtant cultivée sur notre sol, nourrie par les rancœurs et le rejet d'une société dont on se sent rejeté. La chemin vers le terrorisme passe par la délinquance, une secte de fanatique exploite et exacerbe une violence qui était là avant eux. Ne soyons pas naïfs quant à la menace, mais ne soyons pas hypocrites quant à ses racines. La France fournit aux terroristes un réservoir de jeunes désespérés de trouver un sens à leur vie. Cacher les signes religieux, éviter le débat, faire un tabou de nos questions existentielles n'arrangera rien. 
Au milieu de la haine religieuse et sociale qui s'étend, je considère qu'Emmanuel Macron est le seul candidat de cette présidentielle capable de faire une différence. Il ne rejette pas celui qui a eu des pensées et des propos radicaux, il l'emmène au contraire vers des projets de vie et de paix. Il ne stigmatise personne et accepte qu'on ne pense pas comme lui. Il ne dresse pas les citoyens les uns contre les autres ou contre un ennemi extérieur. 
La responsabilité d'un Président de la République Française, c'est aussi son attitude exemplaire. Notre Président doit accepter qu'on parle de tout, avec tous. Il doit se montrer juste et bienveillant, sans a priori et sans ennemi intime. Il doit inspirer à chacun l'appartenance à un collectif, la participation à un projet qui le dépasse. Il doit donner confiance dans la chance donnée à chacun, quelle que soit son origine sociale. Il doit nous garantir que celui qui travaille dur pourra disposer du fruit de son travail. 

Je considère que la maîtrise d'Emmanuel Macron dans son attitude et ses propos au cours de cette campagne reflètent de réelles qualités humaines. Ce sont les qualités dont la France a besoin. Ce n'est pas d'un orateur d'exception ou d'un vétéran au cuir épais que nous avons besoin. C'est d'un homme calme, déterminé et rassembleur, débordant d'énergie positive parfois, équilibré, mesuré et juste tout le temps. 

Pour ces raisons, je soutiens Emmanuel Macron pour ces élections présidentielles et je continuerai de le soutenir si nous sommes majoritaires le 23 avril et le 7 mai.

lundi 21 décembre 2015

Manager la génération connectée

Depuis quelques temps, j'ai envie de faire évoluer ce blog. En effet je constate que le support écrit est dépassé par la vidéo. Le sujet de cet article était une bonne occasion, puisque l'idée m'est venue en observant les moins de 20 ans. 
Ce que j'approfondis ici est un texte passé plutôt inaperçu que j'ai intitulé "Vers la société assumée" : http://t-delpech.blogspot.fr/2015/04/vers-la-societe-assumee.html





dimanche 20 décembre 2015

Vers la société assumée

Je suis reconnaissant à mon collègue Bruno d’avoir trouvé le titre de cet article. Après un après-midi de réunion, nous avons discuté autour du dîner de notre relation à la technologie. Nos données personnelles sont devenues une monnaie avec laquelle nous payons nos applications, celui qui l’assume le vit bien. Je me demande alors ce qui se passera lorsque cette circulation des informations paraîtra normale au plus grand nombre.

Cette réflexion est née dans mon esprit à partir de petites choses. L’une des premières est mon téléphone qui un jour m’a expliqué qu’il fallait 20 minutes pour aller de mon domicile à mon travail. La surprise est que je n’ai jamais saisi aucune de ces adresses, l’appareil avait simplement interprété le temps qu’il passait à chacune. Je ne vais pas m’ajouter à la longue liste des pessimistes qui nous expliquent que la dictature numérique est à nos portes, ils sont assez nombreux. Je voudrais imaginer avec vous une société dans laquelle nous assumerons et exploiterons ces possibilités technologiques.

Le droit à l’oubli

Certains intellectuels et professionnels d’internet suggèrent un droit à l’oubli d’un genre nouveau. Des entreprises proposent d’effacer les traces de votre passé sur la toile et l’idée de changer de nom à notre majorité émerge. Je crois qu’un mouvement contraire va faire son chemin.

La volonté d’effacer notre passé est provoquée par le regard que nous mêmes et les autres posons sur nos imperfections. S’il devient impossible de cacher ce qui nous fait honte ou si tout le monde se trouve à égalité devant un internet où tout se sait, ce regard devra évoluer. Adapter notre attitude au contexte est pertinent, mais prétendre que nous sommes sérieux ou bons tout au long de notre vie est hypocrite. La réponse sociale à cette situation nouvelle se trouve dans la phrase « Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre ». Le groupe devra sanctionner les critiques et l’intolérance pour les censurer, le juge deviendra coupable. Le nombre fera la norme, il sera plus facile d’admettre ses erreurs de jeunesse, ses moments de détente et de fête, la différence entre son image publique et son comportement privé. 

La société assumée sera donc très tolérante. Je ne pense pas qu’elle soit permissive pour autant. Nous intériorisons la morale au point qu’un simple miroir peut dissuader des enfants de mal se comporter, confrontés à leur propre image. Un monde sans secret nous incitera à être ce que nous voulons paraître, il nous enseignera également à accepter l’autre tel qu’il est. Peu à peu un équilibre se reconstruira entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Ceux qui acceptent facilement les applications intrusives des technologies de l’information considèrent généralement qu’ils n’ont rien à cacher. Je crois que la société assumée sera plus transparente, mais aussi plus fidèle aux valeurs qu’elle affichera. 

Les implications d’une telle évolution sur nos comportements et relations sociales sont difficiles à mesurer. Un entretien d’embauche est déjà précédé d’une recherche Google, demain il l’abordera ouvertement comme le CV ou la lettre de motivation. Plutôt que disparaître, la notion de vie privée prendra une place plus importante : il sera impossible d’en faire abstraction. Pourquoi d’ailleurs distinguer les vies privée, professionnelle, publique alors que nous n’en avons qu’une ? 

La connexion permanente

Dès lors que nous accepterons le prix à payer pour bénéficier des possibilités offertes par la technologie, elle deviendra une extension de nous-mêmes. Dans une certaine mesure nos téléphones le sont. L’accès immédiat à l’information et la connaissance se substitue à notre mémoire, tout comme notre agenda souvent synchronisé avec celui de notre conjoint. L’écriture rivalise désormais avec la parole comme moyen de communication. Elle était jusque récemment un choix par défaut, or nous décidons régulièrement d’envoyer un mail ou un sms alors que nous pouvons appeler ou voir physiquement notre interlocuteur.

Certaines entreprises veulent maintenant collecter des données à l’intérieur de notre organisme pour améliorer les soins médicaux. Même cette barrière tombera. Je me sens parfois frustré de ne pas pouvoir écrire ou accéder à l’information pendant que je marche ou que mes mains sont prises, je voudrais communiquer sans autre interface que la pensée. La technologie rendra bientôt cette forme de télépathie possible. Cela soulève des questions de taille : quel impact sur le cerveau ? quelle protection contre les contenus néfastes ? pourra-t-on pirater un cerveau ? Les doutes suffisent à me convaincre que nous devrions attendre, peut-être renoncer à ces possibilités. Mais ce n’est qu’une affaire de temps avant que l’humanité fasse ce dont elle est capable. Je vais donc supposer que nous trouverons des moyens de répondre aux questions que j’ai soulevées. 

J’ai appris que les moins de 20 ans n’apprécient pas les communications différées ou impersonnelles. Pourtant lorsqu’on s’adresse à eux ils regardent l’écran de leur téléphone. Cette attitude semble paradoxale mais j’y vois une cohérence. La connexion permanente induit une disponibilité difficile à gérer. Il faut apprendre à porter une attention simultanée à plusieurs canaux ou interlocuteurs. Sociologues et neurologues pourraient dire si les générations successives progressent réellement dans ce domaine. Notre habitude d’écrire des messages à de longues listes de destinataires mérite par exemple qu’on la réinterroge. Faire circuler l’information est le propre d’une société connectée, donc les canaux les plus performants supplanteront les autres.

L’e-mail véhicule parfois des informations utiles à long terme qui auraient plus leur place dans le stock (internet, les réseaux sociaux, tout ce qui être facilement requêté et partagé). Pour prévenir qu’une connaissance nouvelle est disponible, il y a les notifications. Le reste du temps il sert de support à un dialogue, dans ces cas nous sommes pris par le devoir de répondre rapidement. Nous adresser un e-mail lorsque nous sommes occupés revient au même que venir nous parler, cela nous interrompt. Nous pouvons bien sûr différer notre réponse et traiter les 100 messages de la semaine (de la journée parfois) en 2 ou 3 heures. Privilégier un dialogue instantané et personnel, écrit ou oral, serait moins chronophage. Pour cela nous prendrons l’habitude d’afficher en tous temps notre disponibilité.

Le contexte de connexion permanente n’est pas supportable, nous avons besoin d’aménager des espace de temps pour nos activités délibérées, pour ne pas subir un flux d’informations et de sollicitations incontrôlés. Assumer ce sera aussi se déconnecter, surtout quand la technologie nous (re)liera en permanence.

Une nouvelle vie active

Imaginons maintenant l’impact de ces évolutions sur notre vie professionnelle. Le monde de l’entreprise est une formidable illustration de la capacité humaine à combiner ses efforts pour réaliser de grandes choses. Relevez la tête, combien d’objets autour de vous ont sollicité le travail de moins de 10 ou 20 personnes ? La manière dont ces personnes coordonneront leur action changera profondément dans les décennies à venir. 

Premièrement nous avons vu que la frontière entre le privé et le professionnel va s’atténuer ou disparaître. Les différents temps de notre vie quotidienne formeront un tout, qu’il soit confus ou cohérent. Nous communiquons déjà avec nos proches sans distinction de notre occupation du moment. Nous cherchons aussi un travail qui nous plaise, qui soit motivant et enrichissant. Pourquoi alors délimiter fixement le temps privé et le temps professionnel ? Il ne sera pas évident pour les employeurs de renoncer à mesurer l’implication et la contribution d’un salarié par son temps de présence. 

Deuxièmement notre communication changera radicalement. Pour l’encadrement, renoncer à son contrôle est une première révolution. J’entendais encore récemment parler du ¼ d’heure d’avance donné aux managers. La gouvernance transparente n’est pas naturelle dans notre culture de relations conflictuelles, laisser ses subordonnés avoir le même niveau d’information que soi est une prise de risque. C’est le rôle même des lignes managériales qui change. Nous prenons conscience qu’avec les mêmes informations, nos équipes sont capables d’arriver aux mêmes conclusions que l’encadrement sur les décisions à prendre. Le dirigeant doit mobiliser les énergies, coordonner l’effort de tous, organiser les meilleures conditions de travail collectif. L’analogie célèbre du chef d’orchestre est plus vraie que jamais.

Énumérer les changements potentiels serait long. L’écriture de cet article s’étale sur plusieurs semaines, cela m’aide à l’enrichir et mûrir ma réflexion. Jeudi dernier, une relation professionnelle m’a fait remarquer une possibilité du partage de données qui m’échappait. Si le pôle emploi mettait à disposition de tous les données professionnelles des chercheurs d’emploi, leur mise en relation avec des employeurs potentiels ferait un bond en avant soutenu par de nombreux développeurs d’applications indépendants. Voici encore une illustration de l’importance des connexions aux autres pour faire croître les idées et du nombre de possibilités ouvertes devant nous. Pour cela beaucoup considèrent que l'âge d'or des créatifs commence à peine.

Alors par où commencer ? Je vois quatre pistes à explorer en priorité :

- Définir une politique d’ouverture des données et de la communication, mettre en place les outils mais aussi les rites et rythmes de partage transverse des informations
- Intégrer les développeurs informatiques aux fonctions support de toutes moyennes entreprises et directions opérationnelles de grands groupes et les associer à tous nos projets et nos démarches de résolution de problèmes
- Dessiner un nouveau modèle d’organisation d’équipes au sein desquelles chacun pourra choisir périodiquement son activité sous forme de tâches à accomplir, de manière à modifier l'équilibre entre productivité (à court terme) et créativité (c'est-à-dire productivité à long terme)
- S’inspirer des organisations associatives et des start-ups pour faire évoluer les pratiques managériales vers le modèle collaboratif (auquel je consacrerai mon prochain article, cette fois-ci pour interroger notre modèle démocratique).

En conclusion, notre société va être transformée radicalement par les progrès technologiques. Nous vivons une période comme il y en a eu peu dans l’histoire. Ces changements sont une chance, ils peuvent nous sortir de la stagnation que nous subissons depuis 40 ans. Au lieu de leur résister, il faudra les accompagner, c’est-à-dire les assumer.

mardi 8 décembre 2015

Lettre aux électeurs du Front National


Mesdames et messieurs les électeurs du Front National,

J'ai 30 ans et je me suis engagé il y a 4 ans en politique, au centre. C'est en partie pour vous que je me suis lancé dans cette activité bénévole, je voulais freiner l'avancée de l'extrême droite. Je vous en ai longtemps voulu de soutenir de telles idées. Dimanche j'ai tenu un bureau de vote, j'ai vu passer 128 d'entre vous qui sont aussi mes voisins. Nous nous sommes souri, parlé, je n'ai vu aucune différence avec les autres électeurs. Maintenant je veux vous parler, pas de ce qui nous sépare mais de ce qui nous unit.

Aussi loin que je me souvienne, j'ai grandi avec l'idée que je devais travailler dur à l'école pour ne pas finir au chômage. L'enfance était une compétition, à la fois sprint et marathon, la société n'avait pas de place pour tout le monde. Je me suis battu pour réussir par les études, d'une école de village, un lycée de banlieue, je suis allé en classe préparatoire et dans une école de commerce. Mes parents se sont sacrifiés plusieurs années pour m'aider à trouver la place que je voulais dans ce monde. En stage à l'étranger, on m'a demandé s'il n'y avait pas de travail dans mon pays pour que je vienne voler celui des Hongrois. Jeune diplômé, aucune entreprise ne semblait savoir que j'avais des compétences à lui apporter, elles voulaient toutes de l'expérience. J'ai vu des ingénieurs pleurer de ne pas trouver d'emploi avec un bac+5 dur à obtenir. En politique, la vieillesse semble être une compétence inégalable, les jeunes doivent obéir pour réussir.

Je n'ai pas de quoi me plaindre, j'ai obtenu une place, un rôle, un emploi. Mais je garde toujours le désagréable souvenir d'une société qui ne voulait pas de moi.

Je sais que les chômeurs, ceux qui ont peu ou pas de diplômes, ceux qui travaillent dans l'artisanat et l'industrie, les personnes âgées isolées, bien d'autres encore vivent cette sensation chaque jour. Je sais que les parents, même ceux qui ne manquent de rien, craignent cette situation pour leurs enfants. Trouvez-vous révoltant de vous sentir si désarmés face à un monde écrasant, si négligés par ceux qui ont obtenu un place dans le système ? Bien sûr que oui ! C'est injuste de jouer nos vies aux chaises musicales ! Qui décide lesquels d'entre nous n'ont pas d'utilité pour la France ? Que peut-on faire d'autre que détruire une société si inique ?

En 2008 j'ai cru que le capitalisme financier allait s'effondrer. J'ai espéré que l'urgence nous conduirait à inventer un nouveau système économique. En 2012 j'ai cru que le PS et l'UMP allaient imploser et laisser la place à un nouveau paysage politique. En 2015 je crois que la transition environnementale et les nouveaux codes culturels des jeunes vont faire apparaître une société plus saine et coopérative. En fait rien ne change car nous n'avons pas d'alternative. Nous savons que nous ne voulons plus du monde dans lequel nous avons grandi, mais nous n'avons aucune idée de celui qui pourrait le remplacer. Comme vous, j'en ai marre de vivre une compétition interminable, de n'être qu'un pion sur l'échiquier des autres, de faire ce que je peux plutôt que ce que je veux. Vous croyez que voter FN fera tomber le système pour qu'un autre meilleur prenne sa place, il n'y a sur ce chemin que la misère et la haine, aucune alternative crédible. Le système ne tombera que lorsque nous pourrons nous en passer.

Car il faut le dire, vous et moi nous sommes coupables. Nous achetons des produits fabriqués par des enfants chinois car nous essayons de vivre au mieux selon nos moyens. Nous ne votons pas pour des candidats jeunes et jamais vus à la télé, les vieux qui passent aux infos nous rassurent. Nous prenons l'emploi ou les aides sociales que nous pouvons. Nous acceptons chaque jour les règles d'un système que nous détestons car nous n'avons pas idée de comment faire autrement. Le Front National ne fera pas mieux là où il gagnera car il n'a pas l'ombre d'une solution. Ses propositions sont pétries de nostalgie et de peurs, comme si se rouler en boule ou revenir sur ses pas avait déjà permis de gagner une course.

Alors que faire ? Devez-vous continuer à alimenter le système en votant pour les partis habituels ? Oui, tout comme vous continuez à aller travailler ou chercher un emploi et à consommer. Oui, parce que c'est le choix qui nous donne encore un peu de temps pour trouver une solution. Nous sommes comme un adolescent en crise. Il veut quitter le foyer familial, mais il doit accepter des règles qui lui déplaisent tant qu'il ne peut pas subvenir à ses besoins. Comme lui, nous devons faire des études, trouver un travail et un logement avant d'être libres et indépendants.

Regardez sur internet : les outils collaboratifs se multiplient pour écrire des encyclopédies, financer des projets, inventer des choses. Regardez dans les associations : les gens s'entraident, changent le monde qui les entoure à coups de petits projets, la politique hors des partis émerge. La génération Y, celle qui demande "pourquoi" est au travail. La génération suivante, dite "connectée", casse les codes et réinvente la culture, les chemins de la réussite et de l'entrepreneuriat. Nous allons réussir, nous allons inventer une alternative au système que nous avons hérité du XXème siècle. Pour cela il faut que vous nous donniez une chance et du temps. Venez dans les associations et sur internet faire société avec nous, mais ne mettez pas le feu à notre maison, ne votez pas pour le Front National. 


mardi 24 novembre 2015

Le président du Modem Haute-Loire refuse de soutenir Laurent Wauquiez

Le président du Modem en Haute-Loire affiche dans un communiqué de presse son refus de soutenir Laurent Wauquiez aux régionales, je vous partage son message :

La réponse de Laurent Wauquiez, en Avril 2015, sur la question d'une alliance avec le centre, UDI et MODEM : "cette idée  proposée par Alain Juppé est une  profonde erreur". Wauquiez dénonce le  "gloubi-boulga" dans lequel s’enfonce  selon lui "toute une partie de la classe  politique qui n’ose plus assumer et  défendre ce que nous sommes". "Nous refusons la voie portée par certains d’une  fusion avec le MODEM et l’UDI avant  même d’avoir réfléchi à nos idées".

Jusqu'au début de cet été, d'autres propos illustrent son peu de considération pour le centrisme, mou et peu fiable. Les centristes le lui rendent bien. Au printemps, quelques responsables nationaux ont eu des formules très dures à son égard. Je ne citerai qu'un responsable centriste régional : "à notre droite, il y a un discours ultraclivant qui prête le pas aux rassemblements homophobes, europhobes et islamophobes".

Le personnage Wauquiez, tellement communicateur, prête parfois à sourire. Sa proposition des Etats du Velay fleurait  bon l'Ancien Régime, par association, je m'étais surpris à penser : billevesées. A Clermont, il est plus "bougnat" que les  Auvergnats, sûrement une ascendance arverne. A Lyon, il est plus "gone" que les Lyonnais, mais plus certainement descendant d'un Consul Romain que fils de Canut. 

Hélas, trop souvent, ses propositions et ses formules sont choquantes et affligeantes. Le choix des provocations semble dicté par sa course aux médias. Aux problèmes bien réels de la construction européenne, de la politique  sociale et de la sécurité, les réponses ne doivent pas être idéologiques.

M. Wauquiez, quelques centristes ne sont pas "des robinets d'eau tiède" et trouvent que vos convictions baladeuses s'adaptent toujours à vos besoins électoraux.

Le seul argument de l'Alternance ne produit que l'attribution des rôles et des places. Cette distribution est à présent inquiétante depuis qu'un troisième larron s'est invité au partage. Forte de son  passé, de sa langue et de sa culture, je crois et je milite pour une FRANCE  Rayonnante.

Tellement attaché à mon indépendance et à ma liberté, je l'applique aux autres. En décembre, chaque électeur votera comme bon lui semble, dans le secret  de  l'isoloir.

Jean-Marie PEYRON
Président du MODEM 43

dimanche 22 novembre 2015

Pourquoi je voterai contre Laurent Wauquiez aux élections régionales

Le ralliement de quelques centristes à Laurent Wauquiez ne représente pas le Modem
Depuis le 11 juillet, Patrick Mignola et un groupe de responsables locaux du Modem ont imposé aux militants un accord qu'ils désapprouvent. Le seul conseil départemental qui a pu s'exprimer avant que l'accord passé avec Laurent Wauquiez soit confirmé dans la presse est celui du Rhône et de la métropole de Lyon. Le 21 juillet, il a réaffirmé à l'unanimité sa volonté de présenter une liste indépendante au premier tour des élections régionales.
Mis devant le fait accompli, les autres conseils départementaux ont été consultés un mois et demi plus tard  sans débat contradictoire, pour entériner une union déjà consommée au Mont Mezenc lors du lancement de campagne de Laurent Wauquiez. Nos instances nationales, dans la même posture, n'ont pu que constater un accord local déjà effectif.
Les responsables départementaux concernés ont abusé des mandats qui leur ont été confiés et confisqué la démocratie interne du Modem. Les médias présentent souvent la liste de Laurent Wauquiez comme LR / UDI / MODEM, mais une grande partie des militants du centre ne le reconnaissent pas comme leur candidat.

Le centre, absent de ces élections, doit se relever
J'ai espéré qu'une liste centriste porte une voix alternative, j'ai même travaillé dans ce sens avec plus d'une centaine de militants du Modem. A la veille du dépôt de liste, nous avons choisi de poursuivre notre chemin sans nous présenter à ces élections. En effet, la présence de membres de notre parti sur les listes de Laurent Wauquiez et Jean-Jacques Queyranne crée trop de confusion pour que nous soyons audibles.
Nous sommes, dans notre parti, collectivement responsables de l'absence d'une liste qui représente nos idées pro-européennes, libérales et humanistes. Le Modem s'affaiblit continuellement depuis sa création. Seule une réforme profonde de nos instances locales permettra d'inverser cette tendance, en remettant notre fonctionnement en phase avec celui de la société civile. Dans l'immédiat c'est en tant qu'observateurs avertis que nous participons aux élections régionales.

Je souhaite la défaite de Laurent Wauquiez
Depuis plusieurs années, ce député-maire s'illustre par des postures extrêmes sur divers sujets. Avec la Droite Sociale, il a fait des bénéficiaires d'aides de l'Etat sa cible prioritaire. Il qualifie l'assistanat de "cancer de la société", suggérant que les chômeurs sont responsables du chômage par un refus de travailler, provoqué par des aides trop élevées. Sa solution pour soutenir le dynamisme économique de la France est donc de plonger les plus fragiles dans la misère.
En ce qui concerne l'Europe, c'est un fédéraliste bien particulier. Il prône en effet le retour à une union limitée à 6 pays et la fin de la libre circulation (espace Schengen). Comment notre région peut-elle espérer rayonner avec un président qui rêve de repli sur soi ?
Pendant sa campagne, il s'est démarqué avec des propositions fortes sur deux thèmes qui n'ont rien à avoir avec les compétences régionales. Pour commencer, il s'est exprimé devant les militants de Sens Commun (organisation issue de La Manif pour tous) pour faire de ses convictions religieuses un argument de campagne. Dans notre démocratie, tout responsable devrait s'engager à défendre tous les citoyens, pas uniquement ceux qui partagent ses croyances. Aucun politicien ne devrait se présenter comme le champion d'une religion, la foi n'est pas une opinion politique.
Ensuite, il s'est jeté sur les journaux nationaux au lendemain des attentats de Paris pour faire valoir ses idées. Il est déjà indécent d'adopter un comportement aussi opportuniste face à un drame national, mais en plus les idées en question sont nauséabondes : enfermer sans jugements ni même délit commis 4000 personnes dans des "centres d'internement". Une décision aussi lourde ouvrirait la voie à un recul progressif de nos libertés fondamentales. Elle s'accompagnerait d'arrestations arbitraires, l'apparition d'un délit d'opinion et la persécution "préventive" d'innocents, qui alimenteraient finalement les tensions et l'insécurité dans notre pays. Accusé dans son propre parti de vouloir créer des "Guantanamo" en France, sa seule défense est que "il n'y aurait pas de torture". (voir la pétition à ce sujet en cliquant ici


En cas de victoire, il fera de notre région le laboratoire et la tribune de ses idées extrêmes, avec des vice-présidents comme Philippe Meunier et Brice Hortefeux. Je souhaite donc que de nombreux électeurs se mobilisent les 6 et 13 décembre pour obtenir la défaite de Laurent Wauquiez.