Libellés

dimanche 15 mars 2015

Pour un renouveau politique

Alors que mon mandat de président des Jeunes Démocrates du Rhône arrive à son terme, je m’engage aux côtés de Jean Lassalle dans une nouvelle aventure politique. Je sens que j’arrive à un point de rupture, un temps de décisions radicales. Je crois que toute notre nation a ce sentiment. Nous vivons une époque qui a besoin de folie pour sortir d’une trop sage léthargie.

La folie que j’ai choisie, c’est de faire l’opposé de tout ce qui permet aux hommes et femmes politiques de devenir des élus. C’est de miser sur l’intelligence collective de la nation française. C’est de faire abstraction de la montée des extrêmes et du danger qu’ils représentent. C’est de fixer la destination de notre nation avec mes concitoyens sans savoir s’il est possible d’y aller. C’est croire que rien ne peut nous arrêter.

Je vais vous raconter ici pourquoi et comment je souhaite m’engager pour un renouveau politique profond.

Regard sur 3 années de militantisme


J’ai rejoint le MODEM en 2011 et commencé à militer pour les élections présidentielles. J’ai été tout de suite accueilli par une équipe peu organisée mais très sympathique. Après ses résultats de 2007, nous avions des raisons d’espérer que François Bayrou accède au second tour. Une grande partie de la droite soutenait Nicolas Sarkozy à contre cœur et une part de la gauche avait conscience de l’incapacité de François Hollande à tenir ses promesses. Pourtant les médias ne s’intéressaient à nous que pour une chose : pour qui allions-nous voter au second tour ? Les hommes et femmes politiques majeurs ont tous choisi de tenir les rangs des formations traditionnelles, même si la France avait besoin d’alternative plutôt que d’alternance. Ceux qui à gauche comme à droite partageaient le même constat et les mêmes idées pour redresser la France n’ont pas osé s’unir pour former un gouvernement d’union nationale, que ce soit par l’élection présidentielle ou par la formation d’une majorité nouvelle au parlement. Et sur le terrain ? Nous manquions d’efficacité et de forces pour aller parler à chaque Français de son avenir, nous espérions qu’un homme providentiel nous ouvre la voie alors qu’il avait besoin de nous pour réussir.

J’ai gardé de cette première expérience un goût amer, une conviction forte que la politique française a besoin de changements profonds. Cette conviction a grandi à mesure que le gouvernement échouait dans l’atteinte de ses objectifs et que les électeurs se détournaient de la démocratie par l’abstention. Je me suis engagé pour freiner et peut-être empêcher l’arrivée au pouvoir de ceux qui prêchent la haine. Cette perspective est maintenant utilisée par les deux partis qui sont partagé le pouvoir depuis la naissance de la 5e République comme un argument électoral.

Après une année de militantisme, je me suis mis au service de mon parti en tant que président des Jeunes Démocrates du Rhône. Nous avons travaillé pour faire un peu plus que refaire le monde dans un bar. Nous avons produit des idées, distribué des tracts, soutenu nos aînés et entretenu notre unité dans une période peu dense électoralement.

Alors qu’une équipe de grande qualité se prépare à prendre le relais, je m’interroge plus que jamais sur l’impact réel de ce que nous faisons. A quel moment l’envie d’être élus nous fait-elle oublier les bonnes raisons de poursuivre cet objectif ? L’ambition est un problème dans le monde politique, par son manque ou son excès. Il est réellement indispensable que des jeunes aux valeurs saines s’engagent dans les partis, s’ils laissent toute la place aux arrivistes notre démocratie est perdue. A long terme malheureusement, beaucoup apprendront à voir dans leur compagnon de route un rival potentiel, à considérer le talent des autres comme un obstacle. Pour prévenir cela, nous devons mettre un projet de société au centre de l’action politique et développer une variété d’outils parmi lesquels les mandats républicains trouveront leur juste place.

Je crois que faire évoluer les partis de l’intérieur n’est qu’un élément du traitement dont nous avons besoin. En dehors des structures politiques aussi, les Français doivent se réapproprier la chose publique.

L’expérience des Ateliers de l’Espoir


Avec sa marche, Jean Lassalle a fait le premier pas. Il ne s’est pas contenté d’être au contact de sa circonscription, il est allé « à la rencontre des Français », comme le rappelle le titre de son livre. Il a constaté notre désespoir, et un soir il a demandé à un groupe de jeunes du MODEM de travailler pour rendre l’espoir à nos concitoyens. Nous avons donc décidé dans le Rhône de lancer une action nommée « Les Ateliers de l’Espoir ».

Notre objectif était de réunir des citoyens en petit groupe pour recueillir leur témoignage, leurs souhaits et leurs propositions autour de thématiques ouvertes comme « l’éducation ». Nous avons tenu 4 réunions, dans une salle associative des Minguettes à Vénissieux. Nos échanges étaient vraiment enrichissants, nous les avons rédigés et envoyés à Jean pour compléter les « cahiers de l’espoir » qu’il collectait sur son chemin.

Cette expérience a confirmé l’intérêt de discussions citoyennes pour alimenter le travail du parlement et définir collectivement un projet pour notre pays. Nous constatons que la société française est à l’arrêt, elle essaie de s’adapter aux changements du monde et de préserver ses acquis, mais ses dysfonctionnements persistent et son lien se délite. Même si relayer quelques voix des Minguettes jusqu’au sommet de l’Etat est une première réussite, nous avions un objectif plus ambitieux. Les Ateliers de l’Espoir devaient se multiplier pour couvrir progressivement le territoire national.

Pour atteindre ce but, nous avons trois limites fortes. Lors de nos rencontres, nous arrivions peu à faire venir des citoyens éloignés de notre cercle personnel. Nous avons besoin de visibilité et de canaux de communication plus importants pour que nos rencontres soient réellement représentatives. La seconde limite est logistique. Notre modèle suppose des réunions régulières et un lieu fixe. Nous avons la chance qu’une association nous prête sa salle à Vénissieux, pour dupliquer cette expérience nous avons besoin de trouver des locaux ailleurs. La troisième limite est selon moi la principale. Une grande partie de notre groupe est impliquée politiquement, avec une disponibilité nulle en période électorale. Nous avons donc mis les Ateliers de l’Espoir en sommeil le temps de résoudre ces problèmes.

Dans l’intervalle j’ai rejoint le Conseil de Quartier de Gerland au sein duquel je découvre une autre forme d’engagement citoyen. J’y travaille d’ailleurs sur des enjeux de dialogue entre les habitants et les institutions. Je tire quelques idées de mes observations. D’abord, les retraités sont une ressource précieuse pour les actions citoyennes, ils ont une grande expérience, ils connaissent le quartier et ses habitants, ils ont souvent le temps et l’envie de s’engager. Ensuite, disposer de ses propres locaux est un luxe et utiliser les équipements publics un casse-tête, mais un partenariat gagnant-gagnant avec un café a beaucoup d’avantages : le lieu est neutre et connu des habitants, il est déjà assuré, équipé et entretenu, l’achat d’une boisson reste un « ticket d’entrée » abordable. Enfin, les acteurs locaux déjà présents comme le centre social, les associations ou le conseil de quartier peuvent être intéressés par notre démarche et contribuer au « faire-venir ». Il manquait encore une force motrice, que Jean Lassalle nous apporte depuis qu’il a décidé de lancer nationalement une association qui partage nos objectifs.

Retour à l’idéalisme


Dans mon engagement partisan, le réalisme est particulièrement important. Je veux que nous traitions des sujets concrets sur lesquelles nous pouvons agir ou porter des propositions applicables. Je reste convaincu que le rôle des partis dans leur forme actuelle est de proposer un programme crédible et applicable sur la durée d’un mandat ou deux. Cela n’empêche pas d’être visionnaire, comme Raymond Barre et Gérard Collomb l’ont été sur l’urbanisme du Grand Lyon. Je suis particulièrement agacé par les partis qui vendent du rêve et font croire aux électeurs que d’un claquement de doigt ils changeront la face du monde, qu’ils peuvent résoudre nos problèmes économiques et sociaux sans effort ni douleur. Pour cela je reste un partisan convaincu du MODEM.

Pourtant, je suis rêveur et idéaliste. La réalité et le court terme m’ennuient, plus je regarde loin dans l’avenir et plus je peux voir de possibilités. L’intelligence humaine ne dépend pas du nombre de neurones, mais de leurs interconnections. Pendant des siècles nous avons fait avancer la connaissance humaine, l’éducation et l’accès de chacun à l’innovation. Imaginez maintenant le potentiel d’une humanité où les idées circulent sans limite, connectée comme les neurones dans le cerveau. L’organisation de nos structures, la répartition du travail et des richesses n’auraient rien à avoir avec ce que nous connaissons. Nous voyons déjà les créatifs devenir une nouvelle élite, l’organisation des lieux de travail évoluer autour de lieux de vie et de bien-être, le bonheur professionnel prendre le pas sur la réussite matérielle. J’ai même entendu qu’une expérience a réussi à induire de souvenirs artificiels dans le cerveau de souris pendant leur sommeil.

Je crois que le domaine politique sera le dernier à monter dans ce train, car il ne serait pas raisonnable de bâtir des programmes sur des éléments qui n’existent pas encore. Comme souvent dans l’histoire, les progrès technologiques vont entraîner des changements sociaux qui à leur tour transformeront notre fonctionnement politique. L’empire romain, le féodalisme, les monarchies, la république étaient chacune le modèle le plus adapté à leur contexte. Nous devons inventer un modèle adapté au contexte qui se dessine sous nos yeux.

Je le conçois comme une « wiki-démocratie ». Les choix collectifs ne seront plus rythmés par les élections où les citoyens choisissent un package programme-parti-candidat. Il faudra sans doute élire les exécutants, ceux qui devront mettre en œuvre la volonté du peuple souverain en temps réel. Je veux me consacrer maintenant à la production d’idées, à l’expression et la mise en forme de cette volonté. Réunir des citoyens dans des cafés, autour de conférences téléphoniques et de documents partagés sur internet n’est pas une lubie ni une réponse au désespoir ambiant, c’est la base d’un nouveau système politique.

Pour entrer dans un temps d’idéalisme nous devons passer par une phase plus philosophique que politique. Elle consiste à définir nos envies, décrire une société idéale dans laquelle nous voudrions vivre. Cette réflexion aura forcément une portée universelle, car elle doit s’écrire sur une page blanche. Les éléments de contexte ? Ils sont déjà dans la tête et le cœur de ceux qui prendront la plume. Vivre à la fin d’une page de nos livres d’histoire nous a laissé croire que celle-ci était finie, il n’en est rien. Le projet que nous dessinerons permettra enfin une expression publique au-dessus du brouhaha de l’actualité, il donnera aux Français un avenir à espérer et à bâtir.

Tout ou rien


Une idée pareille ne peut se contenter d’un engagement partiel. Il existe beaucoup de raisons qu’elle ne se concrétise jamais, au premier rang desquelles se trouve notre inaction. Des initiatives ont déjà été lancées souvent sous la forme d’associations. Il faudra bien sûr chercher à les réunir pour constituer un réseau efficace. Le temps et l’énergie nécessaires pour aller au bout de cette idée sont tels que nous ne pouvons pas les estimer, alors que nous n’avons aucune garantie qu’ils porteront du fruit.

C’est un risque que je veux prendre. Je me suis engagé en politique pour tenter de rendre notre société meilleure. Qui supporte encore la déprime ambiante, le chômage de masse, le sentiment d’impuissance devant l’évolution du monde ? Le renouveau de la politique est la seule réponse à leur apporter. J’ai donc refusé de prendre des responsabilités dans mon parti et je mets notre association au sommet de mes priorités. Je sais que mes compagnons continueront à porter les propositions et les programmes dont nos territoires ont besoin au sein du MODEM. Je veux compléter leur action pour réconcilier les citoyens avec la chose publique, construire un pont entre la société et l’Etat.

A la clé, ce sera tout ou rien. Nous pouvons réellement lancer un mouvement dont la France a besoin, ringardiser les forces qui semblent faire chemin vers le pouvoir en 2017 ou 2022. Nous pouvons faire table rase des règles économiques et sociales qui nous contraignent, sortir du marasme sans recourir aux solutions qui ont déjà été utilisées en vain tant de fois. Nous pouvons ouvrir un nouveau temps d’innovation politique et sociale. Nous pouvons aussi accoucher d’une souris et voir la France s’enfoncer inexorablement dans le désespoir et la colère. Peut-être a-t-elle besoin d’un temps de chaos pour se réinventer.

Le seul moyen de voir ce qu’il y a au bout d’un chemin est de le suivre. Je suis curieux de savoir si nous pouvons devancer une révolution par le dialogue, je ferai mon maximum pour le vérifier.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire