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samedi 14 décembre 2013

Beaucoup de petits pas

7h04 samedi, me voilà dans le train au lieu de faire la grasse matinée. J'ai décidé de faire un aller retour à Paris dans la journée. C'est la première fois que je fais ça sur mon temps libre, mais l'événement qui m'y conduit est  exceptionnel. Notre député Jean Lassalle termine aujourd'hui sa marche à travers la France après 8 mois et 6000 km. Je ne me déplace pas comme un fan ou dans l'espoir de lui parler : je tiens à assister à ce bout d'histoire.


Notre député

J'appelle ici Jean Lassalle "notre député". Je ne fais pas référence au MoDem, car je vous inclus tous dans cette formule, quelles que soient vos préférences politiques. Je ne pense pas non plus à sa circonscription. A Rome on peut lire partout SPQR, le sénat appartient au peuple romain. L'Assemblée Nationale devrait aussi appartenir au peuple français. Lassalle a choisi d'être le député de chacun d'entre nous, de nous écouter et de porter notre voix au sommet de la République. 
J'entends souvent des hommes et femmes politiques raconter que le cumul des mandats est nécessaire pour qu'ils gardent le contact avec le terrain. Nous payons chacun de nos représentants à l'Assemblée près de 6 fois le SMIC. Cette indemnité compense un engagement à plein temps dont l'écoute des citoyens fait partie. Comment peuvent-ils nous écouter s'ils s'engagent dans un autre mandat à plein temps et qu'ils ne viennent sur "le terrain" que pour prendre des décisions ?

Pendant que des milliers de manifestants descendaient dans la rue pour être entendus des élus, notre député allait sur les chemins écouter les Français. Son action sera reconnue comme un événement fondateur de la démocratie participative et du redressement de la République Française, j'en suis convaincu. La marche est hautement symbolique, elle revêt une forme de dépouillement et de vulnérabilité. Lassalle nous montre que le temps des élus auprès desquels le citoyen doit humblement demander audience touche à sa fin. La démocratie ne fonctionne pas sans contact, dialogue, proximité. 

Si la démarche est marquante, le constat l'est plus encore. A l'Université de Rentrée du MoDem, Lassalle nous a présenté une France en équilibre entre le résignation et la révolte. En pensant aux pages les plus noires le histoire, qui n'a jamais pensé : si j'avais été là, j'aurais agi avant qu'il ne soit trop tard ? Et nous voyons toujours ces grands personnages qui ont tiré la sonnette d'alarme et que personne n'a écouté. Nous sommes toujours convaincus que nous aurions écouté, que nous les aurions soutenus. Lassalle est l'un de ces hommes, il est allé prendre lui même le pouls de la France. Si nous sommes à la veille de temps sombres, saurons nous l'écouter, le soutenir, agir ?

Comme notre député, nous devrons faire beaucoup de petits pas. Ce jour est un passage de relai entre lui et nous. Je vais tendre la main vers lui et je vous invite à continuer ensemble une "marche" qui durera de nombreuses années.
Pour commencer je partage avec vous cette journée hors du commun.

Les derniers mètres

Lorsque j'arrive place de la Concorde, les médias sont au rendez-vous. Comme moi, ils sont en avance. Je discute avec quelques militants, certains sont venus de loin pour l'événement. Nous sommes de plus en plus nombreux pendant l'heure qui nous sépare de l'arrivée de Lassalle.

Avec étonnement, je vois arriver quelques bonnets rouges. Avec plaisir, j'écoute Henri Malosse partager sa vision de l'Europe avec Vincent Fleury. Lorsque notre député arrive, il est immédiatement entouré par une foule dense.

A quelques mètres, Marc Fesneau et Marielle de Sarnez discutent tranquillement avec des militants. La presse ne semble pas les voir, Lassalle est le héros de la journée.

J'ai choisi de me tenir à l'écart avec Stephen Daloz. Nous aurons l'occasion de parler avec ces personnalités un peu plus tard.

Lassalle se met en marche vers l'Assemblée, la foule se presse derrière lui. Les journalistes se bousculent, trébuchent et s'énervent pour saisir de bonnes images de l'instant. Certains prennent tous les risques en montant sur le parapet du pont. Il faut dire que le marcheur a un bon pas, à croire qu'il a beaucoup pratiqué dernièrement...

La conférence de presse

Nous entrons dans un bâtiment annexe de l'Assemblée Nationale, où se tient une conférence de presse. Lassalle arrive à la tribune sous les applaudissements. Derrière lui, une grande carte qui retrace son périple.
L'homme grand et robuste semble tout à coup fragile tant ses mots sont chargés d'émotion. Il égrène les lieux et les situations dans lesquelles il affirme "je vous ai rencontrés". Il nous raconte les hésitations du départ, serions nous là à son retour dans la "maison du peuple" ? Puis sa voix devient tonitruante, il a fait de la politique comme il aime la faire.

Il a voulu que son action soit apolitique, mais il a réalisé "l'action la plus politique de sa vie".
Notre député dresse son constat, sa vision d'une France résignée, désespérée, qui manque de perspectives mais qui garde une lumière d'espoir dans les yeux, si on lui laisse le temps d'apparaître. Il nous alerte : il est minuit moins dix, nous recevrons un avertissement fort en mai 2014. Il est urgent de répondre aux attentes des Français par un projet, un comportement, un changement politique profond.

Car cette marche ne fait que commencer, et Lassalle nous annonce la suite. Il faudra deux mois pour produire un rapport à partir des contributions collectées ces huit derniers mois. Il sera simple, accessible à tous, "pas intelligent, mais pas con non plus". Il sera remis au gouvernement. Celui-ci sera-t-il enfin à la hauteur de l'enjeu ou continuera-t-il à faire semblant ?
Notre député évoque tout ce que les citoyens reprochent aux acteurs politiques. Son verdict tombe : l'administration est devenue une technocratie et l'État un théâtre d'ombres. Mais Lassalle n'est pas fataliste, il veut que les Français retrouvent un destin commun, le rayonnement de leur culture, la possibilité de débattre et choisir leur avenir.

Pour cela notre République doit cesser de fonctionner de manière descendante, mais laisser les idées, la volonté politique monter du peuple vers le sommet de l'État. Nous devons  préserver l'unité et l'égalité de nos territoires, ne pas laisser les zones rurales nues de médecins, de commerçants, d'artisans et de maires. La tâche est grande mais notre député nous rassure, rien ne résiste à ce que tout le monde veut.

Après une ovation, Lassalle répond aux questions des journalistes et des sympathisants. Il est entouré par un profond respect, une grande admiration, une envie forte de le suivre. Dans tous les regards, il est réellement le député du peuple français.

L'action citoyenne

La presse se retire, nous déjeunons avant le reprise des ateliers. Je discute longuement avec Saliha Mertani. Nous avions déjà commencé à travailler sur le traitement des cahiers de l'espoir dans le Rhône (les constats et les propositions adressées à Lassalle par les citoyens). Nous parlons également de ce lien entre élus et citoyens que nous devrons mettre en pratique localement.
Nous abordons ces points avec un membre de l'équipe de notre député, d'origine lyonnaise. Nous convenons de nous revoir rapidement pour travailler ensemble.

Lorsque les échanges reprennent, la présentation de cahiers de l'espoir par leurs auteurs alternent avec de longs échanges dans l'assistance. L'envie de parler est palpable, la capacité de s'écouter résiste tant bien que mal. L'après-midi est dense et riche en idées. Les sujets sont variés : jeunesse, économie, emploi, Europe, éducation, ruralité. La contradiction parfois vive s'exprime dans le respect, tous participent et nous devons nous interrompre lorsque le bâtiment ferme, à 19h.

Ce soir, plus de 100 participants se retrouvent au restaurant. Demain ils continueront à débattre sur les suites à donner, la manière de continuer à "marcher". Quant à moi je reprends le train et termine cet article. Dès mon arrivée, j'enverrai la méthode de traitement des cahiers de l'espoir définie dans le Rhône à l'équipe de Lassalle.

Notre marche ne fait que commencer, et Jean Lassalle nous a prouvé que beaucoup de petits pas peuvent nous emmener très loin.